Le lotissement de Grenelle

La ferme de Grenelle

La plus grande partie du terroir situé entre le « Gros Caillou », la Seine, le chemin de la Croix-Nivert et le chemin du Moulin de Javel appartenait à l’abbaye de Sainte-Geneviève et dépendait de la ferme de Grenelle, située face au château de Grenelle. La construction de l’Ecole Militaire puis l’enceinte des fermiers généraux, enlevèrent à la ferme une partie des terres de Grenelle et intégrèrent celle-ci dans la ville. Ces terres labourables, inondables et pauvres (1), étaient parsemées de remises, petits bois servant de réserves à gibiers pour les chasses du roi et des seigneurs. A la révolution, ces terres, devenues Biens Nationaux et incorporées à la commune de Vaugirard, sont vendues, en 1796, à un dénommé Ginoux, administrateur des Domaines. 

< 1790 














Le projet de
 lotissement en 1825 >

Beau-Grenelle

En 1824, Léonard Violet, entrepreneur et conseiller municipal de Vaugirard, rachète ces terres - environ 105 hectares – alors affermées au sieur Frémicourt, pour les lotir et y créer une agglomération nouvelle, résidentielle, commerciale et industrielle qu’il baptise Beau-Grenelle.

L’entreprise est ambitieuse et dépasse le simple lotissement résidentiel classique puisque le projet comporte, dès l’origine, outre une église, un théâtre, une place du marché et une mairie, la construction d’un port sur la Seine, permettant, dans un premier temps, l’approvisionnement du chantier en matériaux et d’un pont reliant Beau-Grenelle à Passy et Auteuil. C'est, de fait, une véritable petite ville nouvelle, la plus grande opération d'aménagement qu'ait connu Paris.

Le plan du lotissement se présente comme un quadrillage de voies orientées selon la direction de la rue de Lourmel qui reprend, sans doute redressé, un chemin rural ancien, le chemin des vaches, et selon le chemin de Javel qui relie Vaugirard au moulin de Javel (et au bac permettant d’aller à Auteuil). Aux intersections de voies, des places marquent de futurs centres de quartiers : places Saint-Louis (depuis Saint-Charles), Violet, Beau-Grenelle (Charles Michels). Des diagonales sont ajoutées par la suite pour assurer les liaisons vers Paris (rue Frémicourt), vers Vaugirard (rue de l’abbé Groult, rue Mademoiselle) et vers le pont de Grenelle. Le découpage parcellaire est constitué de petites ou de moyennes parcelles toutes différentes, sans doute adaptées à la demande des acquéreurs.


< 1850                      
















                     1900 > 
 

Pour assurer la réalisation de l’opération, une société en commandite par actions est créée pour six ans en 1826, par Violet et son associé, Letellier.

Le pont de Grenelle est construit en bois 1825 à 1827, il s’appuie sur l’allée des Cygnes (1825) et est à péage jusqu’à son rachat par la ville en 1866 (elle le reconstruit en fonte en 1874). Le port, aménagé par la même société concessionnaire que le pont, permet de stabiliser les berges et d’accueillir les chalands, il comporte assez rapidement magasins et entrepôts. Derrière des usines s’implantent entre le quai et la rue Emeriau.



Le succès du lotissement est rapide. Des guinguettes s’installent aux barrières, l’habitat se développe entre la rue Violet et la rue de la Croix-Nivert : maisons individuelles entourées de jardins rue Violet, petits immeubles (trois ou quatre niveaux) avec commerces en rez-de-Chaussée rue du Commerce. Violet se fait construire une belle demeure sur la place qui porte son nom (2).
Dès 1828 se pose la question de la séparation avec Vaugirard. 

En octobre 1830 un décret crée la nouvelle commune de Grenelle. Elle n’avait alors que 1500 habitants et devait être un vaste chantier avec de nombreux espaces encore cultivés. En 1860, lorsqu’elle est réunie à Paris, elle en compte 20 000 ; des omnibus relient la rue du Commerce au Palais Royal.

Le quartier conserve longtemps un caractère peu dense. Haussmann n’y intervient pas et ce n’est qu’au tournant du siècle que la rue de la Convention (1888) puis l’avenue Emile Zola (1905), viennent compléter le réseau viaire dans l’optique d’améliorer les liaisons vers Paris, Auteuil et Vaugirard.

Grenelle, le plus grand lotissement de Paris, conçu comme une véritable petite ville nouvelle, servira d'exemple à Nicolas Levallois lorsqu'il lotira un grand domaine sur la commune de Clichy, dans les années 1830 - 1840, et obtiendra la reconnaissance d'une nouvelle commune qui porte son nom en 1866.



   (1) Grenelle a la même origine que garenne ou varenne et indique une terre alluvionnaire sabloneuse.

 (2) Cette demeure existe toujours, intégrée à une caserne de pompiers.




Sources

Rouleau (Bernard), Le tracé des rues de Paris: Formation, typologie, fonctions… Paris, éd. CNRS, 1975.