Belleville et Charonne


XVIIIe siècle

Les paroisses de Belleville et de Charonne sur les collines de l’est de Paris présentent bien des similitudes. A la fin du XVIIIe s., c’est le domaine de la vigne, des carrières de gypse, certaines abandonnées et utilisées en « voirie » (1), mais aussi de maisons de campagne et de châteaux et, en limites de l’enceinte des fermiers généraux, de guinguettes, de cabarets et de bals où les parisiens viennent se divertir en buvant le vin produit localement et moins cher qu’à Paris car n’ayant pas à payer l’octroi. Avec Haussmann, la rue des Pyrénées va relier les deux communes au moment où celles-ci sont intégrées dans Paris et où l’urbanisation se développe, sans planification d’ensemble sauf aux abords des deux mairies d’arrondissement.


 Belleville en 1740  Plan Delagrive ^
 Les communes ^

Le nom de Belleville apparaît au XVIe s., en remplacement de celui de Poitronville, pour désigner le terroir de collines couvertes de vignes appartenant à différentes abbayes parisiennes (Saint-Magloire, Saint Martin, Saint-Denis, Montmartre et Saint-Merry) autour de la ferme de Savies, possession de Saint-Martin-des-Champs. Une paroisse est créée en 1548. Belleville compte environ 1500 habitants en 1790, répartis entre le village de Belleville, le hameau de Ménilmontant et celui de La Courtille. La vigne occupe alors plus de la moitié des terres. Une grande part du territoire est occupée par les carrières de gypse, petit à petit transformées en terrains vagues parsemés d’herbes rases, de chaumes, qui ont donné leur nom aux buttes Chaumont. Au sommet des collines parsemées de moulins, les châteaux de Ménilmontant (ou de Saint-Fargeau) et des Bruyères occupent de vastes domaines (cf. Châteaux et folies de l'est parisien vers 1750) avant de disparaître et d'être lotis au début du XIXe.


 Belleville et Charonne en 1790 ^
La Courtille petit hameau à la barrière de Belleville, connut son heure de gloire de la fin du XVIIIe aux années 1830 avec la descente de la Courtille, fête qui clôturait le mardi gras et voyait les parisiens déguisés descendre la rue de Belleville et le faubourg du Temple jusqu’aux boulevards. Ils partaient des guinguettes dont les plus fameuses étaient celles de Ramponneaux (fin XVIIIe) puis de Dénoyez au siècle suivant (2).

Plus encore que Belleville, Charonne est un village de vignerons, la vigne occupe en effet les  ¾ des terres et fournit le vin des guinguettes de Fontarabie et du Petit-Charonne. Le village s’est développé à partir du Château de Charonne et de l’église Saint-Germain autour de la Grande-Rue (actuelle rue Saint-Blaise). Il comportait quelques  maisons de campagne avec jardins. A la veille de la Révolution il avait environ 600 habitants.


Charonne dans le plan de Delagrive en 1740, cliquez ici.

Les eaux de Belleville

Les hauteurs de Belleville, de Ménilmontant et du Pré Saint-Gervais avaient des sources qui alimentaient le ru de Ménilmontant et furent, dès le Moyen-Age, captées pour alimenter Paris. Deux aqueducs souterrains, dont il reste quelques regards, furent construits : l'un vers la léproserie Saint-Lazare, l'autre vers Saint-Martin-des-Champs. Le premier, prolongé dans Paris, alimentait les fontaines situées à l'ouest de la rue Saint-Denis, notamment celle des halles - première fontaine publique de la capitale-, le second celles de l'est de la rue.Un troisième aqueduc alimentait au XVIIe l'hôpital Saint-Louis.




De 1790 à 1850

La mise en place de l’enceinte des fermiers généraux en 1790 (supprimé en 1791, l’octroi fut rétablit en 1798) va avoir un impact important sur l’espace parisien. Cette enceinte fiscale se compose d’un large boulevard planté extérieur, d’un mur continu et d’une voie de circulation intérieure. Les portes sont marquées par les bâtiments d’octroi, monumentaux, construits par C. N. Ledoux (Cf. Les enceintes après 1790). Elle forme ainsi une rocade, extérieure aux espaces bâtis, analogue à un contournement autoroutier. L’urbanisation, on l’a vu avec la Courtille et Fontarabie, va se développer autour des barrières mais aussi, très fortement à partir de 1825, à l’extérieur de l’enceinte : en 1850, les espaces bordant les boulevards entre la rue Rébeval et la rue des Amandiers sont largement construits alors qu’à l’intérieur de Paris les terrains maraîchers conservent une emprise importante. Cette urbanisation s’est faite de façon spontanée, sans planification, à partir des chemins ruraux.

Construite de 1841 à 1844, l’enceinte fortifiée de Thiers avait une emprise de 120 à 150m avec une route militaire intérieure et un fossé de 40 m à l’extérieur ; elle était complétée par une zone inconstructible de 250 m. A Belleville et à Charonne son tracé suit sensiblement les limites communales. Sans incidence sur les limites communales ni sur l’octroi, elle n’eut pas d’influence sur l’urbanisation de Belleville et de Charonne.

Sous la monarchie de Juillet, les deux communes vont connaître un développement rapide : la population de Belleville va passer de 9 700 habitants en 1831 à 57 700 en 1856, celle de Charonne de 2 330 à 12 200. Comme pour la partie limitrophe des barrières, cette urbanisation s’opère à partir des chemins de terre ruraux, en fonction généralement d’un parcellaire de fines lanières orientées selon les pentes héritées du vignoble (voir ci-après le parcellaire dans le centre de Belleville). C’est particulièrement évident à Charonne où, autour de la rue des Haies et de la rue des Vignoles, se créent des passages et de très petits lotissements en longueur déterminés par la forme des terrains.
Le seul grand lotissement, celui du parc de Saint-Fargeau, sans doute trop à l’écart, est encore très peu construit en 1850, sauf dans sa partie nord, autour de la rue de Belleville. Il en résulte, en dehors de la partie agglomérée des deux villages, un paysage périurbain, d’habitat individuel modeste, peu dense, sur de petites parcelles où le maraîchage et les jardins remplacent la vigne qui disparaît peu à peu.

  Belleville et Charonne en 1850 ^  

En parallèle à l’augmentation de la population, les communes s’équipent : nouvelle marie (à Charonne en 1837, à Belleville en 1847), construction d’écoles, d’un théâtre à Belleville en 1828, reconstruction de l’église de Belleville (1854-1859).

Sur le territoire de Charonne, le cimetière du Père Lachaise, ancien domaine des Jésuites, est aménagé à partir de 1802 et jusqu'au milieu du siècle, avec plusieurs agrandissements successifs, selon les plans de l'architecte A. T. Brongniart.

Contrairement à La Villette par exemple, on note peu d’emprises industrielles importantes, en dehors des exploitations de gypse et d’industries insalubres (équarrissage de chevaux…) notamment aux buttes Chaumont. Ces territoires de collines sont trop à l'écart des grandes voies de communication.


(1) Décharge d’ordures.

(2) Tous deux ont donné leur nom à une rue.


Voir Belleville et Charonne de 1850 à 2000


Liens


Illustration du bandeau : le théâtre de Belleville