Belleville et Charonne de 1850 à 2000


1850 - 1900

L’annexion des communes ou parties de communes situées à l’intérieur de l’enceinte de Thiers apparaissait à Haussmann, préfet de la Seine en 1853, comme un préalable pour mener à bien ses projets en assurant l’unification administrative et fiscale de Paris. L’annexion devint effective le 1er janvier 1860. Le nouveau découpage en arrondissements divise Belleville en deux.

Les projets réalisés sous la préfecture d’Haussmann se limitent à la grande rocade que constitue la rue des Pyrénées et l’avenue Simon Bolivar qui tangente les centres des anciennes commune et relie les nouvelles centralités prévues autour des mairies des XIXe et XXe arrondissements (places A. Carrel et Gambetta). Elle dessert également la grande réalisation que constitue l’aménagement en parc des carrières et décharges des Buttes-Chaumont.

 
  Belleville et Charonne en 1900 ^
 
      Evolution 1850 - 1900 ^

Une grande partie des projets ne sera mis en œuvre qu'après 1870 : avenue Gambetta et rue Belgrand, construction des mairies d’arrondissements et aménagement de leurs abords (hôpital Tenon, 1872-1878).

Comme pour la période précédente, l’extension de l’urbanisation se poursuit vers les « fortifs », grignotant les terrains maraîchers, doublée d’une densification  des secteurs déjà construits proches des boulevards, pour accueillir une population modeste, majoritairement ouvrière, chassée du centre de Paris par les grands travaux de rénovation. Une fois réalisés les projets d’Haussmann, aucune opération publique d’importance, de voirie ou d’aménagement, qui permette d’organiser et de structurer le développement, n’est engagée.


 La rue de Belleville avec le funiculaire vers 1900 ^
Propriétaires et lotisseurs privés sont les seuls acteurs de l’aménagement. Contraints par le découpage foncier, les lotissements se limitent généralement à l’ouverture d’une rue, souvent d’une impasse, de largeur minimum (3 à 5 m), desservant de très petits lots (100 à 300m²). Dans la partie urbanisée dans les années 1830 – 1850, la plus proche des boulevards où les valeurs foncières sont les plus élevées, on peut trouver quelques lotissements plus « urbains » par la largeur des voies (10 - 12 m) et la taille des lots : autour de la rue Gasnier-Guy et lotissement Fleurot (rues Jouye-Rouve, J. Lacroix, Lesage).

Situés sur des terrains difficiles, trois aménagements sont plus importants et plus cohérents. Le lotissement des carrières d’Amérique, entre 1875 et 1890, présente une hiérarchie des voies remarquable autour de la place du Danube (maintenant Rhin et Danube). Plus tardifs,  La Campagne à Paris, également sur d’anciennes carrières (1911 – 1920) et la rue G. Lardennois et ses abords (sur une butte, 1927) présentent les mêmes caractéristiques de maisons ouvrières sur de très petits terrains.
Le tissu urbain accueille également de nombreux petits ateliers d'artisans et de petites industries, souvent en sous-traitance de plus grands établissements parisiens.


1900 - 2000

Le démantèlement de l’enceinte de Thiers à partir de 1919 va permettre à la ville de s’agrandir en repoussant ses limites de 360 à 390 m vers la banlieue (emprise des bastions et zone non aedificandi). Les terrains militaires rachetés par la ville à l’Etat permettent de construire des logements sociaux et des équipements alors que la zone non aedificandi devait être aménagée en ceinture verte avec des équipements sportifs. La voie militaire est élargie à 40 m (rocade des Maréchaux). Un ensemble (presque) continu de logements sociaux construits par l’OPHBMVP (1) va ainsi border la ville, interrompu seulement par le square du Chapeau Rouge, les réservoirs de Lilas et les emprises militaires du boulevard Mortier. Quelques ensembles de HBM sont également construits  dans le tissu urbain (rues de Ménilmontant / Hélène Jacubowicz, angle rues Pelleport et Belgrand…).

Après la seconde mondiale, de nouvelles conceptions d’urbanisme, en rupture avec la ville traditionnelle, vont prévaloir. L’objectif était de résorber l’habitat insalubre et d’apporter l’air, le soleil et la verdure dans l’habitat en faisant abstraction des règles de hauteur et d’alignement.

Belleville et Charonne sont particulièrement touchés par ces opérations de rénovations urbaines engagées entre 1954 et 1975  sous forme de tours et d’immeubles-barres : à Belleville, la place des Fêtes et le secteur Couronne, à Charonne le secteur Saint Blaise, au sud de la rue Vitruve, en sont les plus emblématiques, mais des dizaines d’autres opérations, plus ou moins importantes selon les opportunités foncières,  marquent fortement le paysage urbain. 

Depuis 1975, on assiste à un retour à la tradition, le POS de 1977, impose de nouveau la construction à l’alignement sur rue, le respect des gabarits et des hauteurs traditionnels. Les opérations de rénovation sont revues : on conserve et on réhabilite les immeubles qui peuvent l’être, les constructions neuves s’insèrent dans le parcellaire,  les rues gardent leur emprise, les espaces publics sont réaménagés …, à Charonne, on reconstitue les passages. 

Les petits lotissements d’architecture homogène du XIXe et du début du XXe siècle (villas et cités) sont protégés.

 
Belleville et Charonne en 2000 ^  

Plus récemment, la municipalité se préoccupe de supprimer la coupure urbaine que constitue le périphérique par rapport aux communes riveraines de banlieue, le tramway permet de requalifier le boulevard des Maréchaux.


Belleville et Charonne conservent les strates superposées de leur histoire : si la vigne et les vergers ont disparu, on trouve encore, à l’ombre des tours et des barres, des maisons de village (haut de la rue Saint-Blaise, rue des Solitaires), des ruelles et des passages desservant de petits pavillons, quelques belles villas de notables, des immeubles de rapport du XIXe, de beaux bâtiments 1900, des HBM, des cours et des ateliers qui conservent la mémoire du passé.


La population

Quartier populaire et ouvrier Charonne et surtout Belleville, derniers bastions de la Commune de 1871, ont accueilli des générations de migrants : italiens, polonais, arméniens, juifs du Yddishland, dans l’entre deux guerres, magrébins, juifs d’Afrique du nord, dans les années 1950-1960, maliens et, derniers arrivés, les asiatiques qui ont fait du bas Belleville le second quartier « chinois » de Paris. Le boulevard de Belleville et son marché, entre les stations de métro Belleville et Ménilmontant, est très caractéristique de cette mixité ethnique. 



Le parcellaire

L’évolution du parcellaire du centre de Belleville est caractéristique du processus d’urbanisation du secteur.

En 1800, le parcellaire du centre de Belleville fait apparaître l’opposition entre les parcelles du village, de part et d’autre de la rue de Belleville (10 à 15 m de large avec quelque grands terrains de jardins et, au sud, l’emprise du couvent des moines de Picpus) et les parcelles de vignoble, rues de la Mare et des Rigoles dont la largeur est de 5 à 10 m pour une longueur de 50 à 100 m voire 180 m.

 
   Le parcellaire du centre de Belleville en 1820 ^
 
    Le parcellaire du centre de Belleville en 2000 ^  

De 1800 à 1850 sont ouvertes la villa de l’Adour (1817 - petit lotissement de 19 lots – de 90 à 160 m²) et surtout la rue Levert en 1837, sur le terrain du couvent des moines de Picpus, fermé à la Révolution, avec des lots plus importants (de 200 à 500 m²).

La rue des Pyrénées (1862 – 1866) suit à mi-pente les courbes de niveau et ne s’accompagne que d’expropriations limitées. Dans ce quartier périphérique où la spéculation est faible, elle ne sera construite que lentement de façon hétérogène. De très petits lotissements sont ouverts sur le parcellaire rural rue des Solitaires et rue de Fêtes (lots de 100 à 150 m²). La villa Olivier-Métra résulte du lotissement d’une parcelle de vigne de 180 m x 15 m avec des lots de 40 m² et une rue de 3 m de large.

Dans les années 1955 – 1980, les opérations de rénovation (logements collectifs social) se font par expropriation permettant de regrouper les parcelles (rue O. Métra, place des Fêtes).

Photo aérienne du centre de Belleville cliquez ici


(1) Office public d’habitations à bon marché de la Ville de Paris.



Liens externes

Sur Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Quartier_de_Belleville


Sources

Rouleau (Bernard),  Villages et Faubourgs de L'ancien Paris. Histoire d'un espace urbain. Paris, éd. Seuil, 1985.

Lucan (Jacques) direction, Paris des faubourgs, formation, transformations, Paris, Pavilon de l'Arsenal, éd. Picard, 1996, notamment Amina Sellali, Théorie des lotissements, la formation du XXe arrondissement.