Les quartiers de Paris

 


L’appartenance à un quartier s’est sans doute longtemps confondue, au Moyen Age, avec la référence à la paroisse dont les offices rythmaient la vie des parisiens et qui, durant tout l’ancien régime, a tenu les registres qui tenaient lieu d’état civil. Cependant, la complexité du découpage paroissial (cf. l’Eglise au Moyen Age), la nécessité d’un repérage géographique plus simple et la mise en place progressive des administrations de police, fiscales, juridiques tant royales que municipales, a conduit à définir des circonscriptions administratives. Le découpage traditionnel de la ville en trois ensembles, la Cité, la Ville (rive droite) et l’Université (rive gauche) s’est ainsi complexifié.

 Fiefs,  seigneuries et censives

Paris n’échappe pas au système féodal. La ville est ainsi divisée, jusqu’à la Révolution, en plus d’une centaine de fiefs et de seigneuries qui, au Moyen Age, ont pouvoir de police et de justice, entretiennent la voirie et perçoivent un cens sur les tenanciers qui exploitent leurs domaines. Les plus anciennes et, de loin, les plus importantes sont des seigneuries ecclésiastiques. L’évêque (qui ne deviendra archevêque que sous Louis XIV), contrôle une grande partie de la rive droite, de la rue Saint-Denis (1) au Roule, les abbayes de Saint-Germain-des-Prés et de Sainte-Geneviève ont été richement dotées lors de leur fondation par Clovis et ses successeurs sur la rive gauche. 

Censives et seigneuries à la fin du XVIIIe ^

Les autres fiefs, plus réduits, sont ceux de Saint-Martin-des Champs, du Temple, de la commanderie de Saint-Jean de Latran, de Saint-Magloire, Saint-Eloi, Saint-Victor et du chapitre de Notre-Dame. Plus périphérique, on trouve les fiefs de Saint-Lazare, des abbayes de Montmartre et de Saint-Denis et du chapitre de Saint-Marcel. Les fiefs laïcs, beaucoup plus petits, sont impossibles à cartographie, du fait du morcellement du aux successions et, souvent, de leur rachat par le roi. On peut citer le fief de Bercy possédé par les Malon jusqu’à la Révolution et ceux de Vaugirard et de Passy. Au XIVe s. le prévôt de Paris récupère l’autorité sur la police et la voirie. 

En revanche, la justice reste pour une part du domaine des seigneuries jusqu’au XVIIe s. L’évêque et l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés disposent ainsi dans Paris de prisons et de piloris. En fait la compétence judiciaire est très complexe, elle dépend du lieu, du justiciable (clerc ou laïc) et de la nature du délit ou du crime et les conflits sont très fréquents. En 1674 un édit royal supprime toutes les justices particulières moyennant compensation ou indemnisation.


Sous Philippe Auguste, la ville close de remparts compte 8 quartiers : la Cité, Saint-Jacques-de-la-Boucherie, la Grève, la Verrerie, Sainte-Opportune, Saint-Germain-l’Auxerrois – rive droite -, place Maubert et Saint-André-des-Arts sur la rive gauche. Avec la construction de l’enceinte de Charles V, huit autres quartiers sont créés rive droite : Saint-Honoré, Saint-Eustache, les Halles, Saint-Denis, Saint-Martin, Sainte-Avoye, Saint-Gervais et Saint-Antoine. Ils sont délimités autour des grandes rues (Saint-Honoré, Saint-Denis…) et non à partir des îlots comme ce sera le cas plus tard.
 

< les quartiers de Paris à la fin du Moyen Age

Ces circonscriptions municipales sont administrées par des quarteniers (ou quartiniers) aidés de de cinquanteniers. Le Prévôt de Paris, officier royal qui siège au Châtelet, utilise pour ses fonctions fiscales et de police des circonscriptions également au nombre de seize mais géographiquement différentes.

  < début du XVIIIe siècle









Le quartier Sainte-Opportune sur le plan de La Caille 1714 >
 

Pour simplifier et unifier ce découpage, un édit de décembre 1701, confirmé par un arrêt du Conseil de février 1702 et une déclaration du roi, définit un découpage en vingt quartiers auxquels sont rattachés quatorze faubourgs et deux villages (Le Roule et Chaillot). Cette nouvelle division doit s’appliquer aussi bien aux autorités municipales qu’à celles du Châtelet, en fait des différences demeurent. Elle subsistera néanmoins jusqu’à la Révolution. En 1714, Jean de La Caille publie un atlas en vingt planches de ces quartiers.

 En avril 1789, pour les élections des représentants du Tiers Etat aux Etats Généraux, la ville est divisée en soixante districts qui sont réduits à 48 en mai 1790 et deviennent des sections. Les noms sont laïcisés. En 1792 ou 1793 certaines sections sont renommées de noms révolutionnaires, Croix Rouge devient ainsi Bonnet Rouge et Jardin des Plantes Sans Culottes avant de reprendre bien souvent leurs anciennes appellations après Thermidor. 


< les sections révolutionnaires 1790 - 1795 

Plus que de simples subdivisions électorales les sections deviennent les cadres de la vie politique locale, symboles de la souveraineté populaire. En 1795, les quarante-huit sections sont regroupées par quatre au sein de douze départements. Ce découpage se maintiendra jusqu’en 1860.

Avec l’annexion, en 1860, des communes ou parties de communes limitrophes situées à l’intérieur de l’enceinte de Thiers, Paris est divisé en vingt arrondissements, chacun comportant quatre quartiers. Cette organisation est toujours en vigueur. Certaines communes sont totalement absorbées par la capitale : Belleville, Grenelle, Vaugirard et La Villette, d’autres disparaissent partagées entre Paris et une commune de banlieue (Bercy, Auteuil, Montmartre…), d’’autres enfin sont partiellement amputées : Ivry, Gentilly, Montrouge…

 ^ Arrondissements, quartiers et communes en 1850

           Arrondissements et quartiers depuis 1860 >

Après la suppression (loi du 19 avril 1919) de l’enceinte de Thiers, la ville s’est étendue jusqu’à la limite de la zone non aedificandi de 200 m environ, ce qui, avec l’annexion des bois de Boulogne et de Vincennes et des champs de manœuvre (devenu héliport) d’Issy-les-Moulineaux, a porté sa superficie à 10 540 hectares.


Liens

Plan des paroisses de Paris en 1786, J. Junié, ingénieur géographe

La création des arrondissements parisiens. Exposition de la ville de Paris, 2010.