Paris en 1850

   

Présentation

- 1 050 000 habitants à l’intérieur de l’enceinte des Fermiers Généraux, environ 1 350 000 avec les communes périphériques comprises dans l’enceinte de Thiers (1 700 000 habitants en 1861). 

  • 1789, novLes biens ecclésiastiques deviennent biens nationaux
  • 1794-1797 Commission des « artistes »
  • 1795 Rue des Colonnes
  • 1802 Démolition du Grand Châtelet, début de la rue de Rivoli
  • 1803 Pont des Arts
  • 1804 Démolition des bâtiments de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés
  • 1807 Pont d’Austerlitz, rue de la Paix, canal de l’Ourcq
  • 1808 Bassin de La Villette
  • 1810 Loi sur l’expropriation
  • 1813 Pont d’Iéna
  • 1818 Lotissement de la Roquette
  • 1819 Lotissement du Temple
  • 1822 Canal Saint-Martin
  • 1824 Lotissement de la Plaine de Grenelle
  • 1836 Achèvement de l’Arc de triomphe de l’Etoile
  • 1837 Rue d’Arcole, première ligne de Chemin de fer (de Paris au Pecq)
  • 1838 Dégagement et agrandissement de l’Hôtel de Ville
  • 1841-1843 Enceinte de Thiers
  • 1843 Seconde gare Saint-Lazare
  • 1845 Rue Rambuteau
  • 1846 – 1852 Gares du Nord, de Lyon, de l’Est et Montparnasse


   < carte détaillé Paris en 1850


Evolution 1790 - 1850 >
 


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Paris sous la Révolution

De la prise de la Bastille au couronnement de Napoléon, Paris est le lieu de la « fête » révolutionnaire : journées historiques, cortèges, manifestations, rassemblements, mais aussi massacres et exécutions ; les statues de rois sont abattues, rues et quartiers sont rebaptisés… Jusqu’à Thermidor, les quartiers populaires imposent d’une certaine façon leur loi avant de faire peur et d’être réprimés. 

Environ 400 ha sur 3370 soit 12% des propriétés sont déclarés biens nationaux (couvents, églises, hôtels, biens du clergé et des émigrés) ; certains sont plus ou moins rapidement transformés en casernes ou en hôpitaux, d’autres sont vendus dès 1790 libérant des terrains parfois très importants pour la construction (Cf. La Révolution et les biens nationaux). Afin d’éclairer le gouvernement sur l’utilisation de ces terrains une Commission des Artistes se réunira périodiquement entre 1793 et 1797 et produira un plan, reconstitué, qui est en fait un recollement de projets plus qu’un projet d’aménagement cohérent. Beaucoup des idées de la Commission sont dans la continuité des nombreux projets d’embellissement qui avaient vu le jour sous Louis XV et Louis XVI : la voie reliant le Louvre à la Bastille, l’aménagement des quais, d’autres sont directement liées aux terrains libérés : l’avenue de l’Observatoire sur l’emprise des Chartreux, la future rue d’Ulm sur les Ursulines et les Feuillantines, une place monumental à la Bastille… mais la plupart sont réduits aux seules emprises disponibles : futures rue de la Paix, rue Jacob, lotissement du Temple et des Célestins. La Commission n’envisage aucune percée nord-sud.

La plupart de ces projets seront mis en œuvre sous l’Empire et sous la Restauration. Les réalisations des années 1790 restent limitées : rue Madame (1790, lotissement par le Comte d’Artois de l’ouest du jardin du Luxembourg), rue des Colonnes (1795 - 1798), rue et passage du Caire (1795 - 1799, sur l’emplacement du couvent des Filles-Dieu, premier passage couvert de Paris avec le passage des Panoramas), rotonde du Temple.


Le Consulat et l’Empire

L’Empire fut de trop courte durée pour marquer fortement le paysage parisien. Les projets grandiloquents de Percier et Fontaine à l’apogée de l’Empire, en 1810 – 1811, pour le Palais du Roi de Rome sur la colline de Chaillot et l’aménagement des quais rive gauche entre le Champs de Mars et l’esplanade des Invalides (Palais des Archives, Palais de l’Université) qui préfiguraient un urbanisme « mussolinien » ont été réduits à néant par la campagne de Russie et la fin de l’Empire, cf. Le Gros-Caillou.

L’ouverture de la rue de Rivoli et, de façon concomitante, le lotissement des couvents et hôtels situés entre les Tuileries et la rue Saint-Honoré (Filles de l’Assomption, Capucins, Feuillants, hôtel de Noailles) puis des couvents des Jacobins, des Filles de la Conception et des Capucines constituent les opérations les plus importantes du règne entre 1802 et 1815, dans la droite ligne des propositions de la Commission des Artistes. Il en est de même, au sud, de l’avenue de l’Observatoire et des rues de l’ouest (rue d’Assas) et de l’Est (boulevard Saint Michel). D’autres places et rues sont aménagées : places du Châtelet (1802) et Saint-Sulpice (1808), rues d’Ulm, Clovis, du Val de Grâce. En revanche la percée est-ouest, du Louvre à la Bastille ("rue Impériale") et l’aménagement de la place de la Bastille ne purent être mis en œuvre.

Plus sans doute que ces opérations de voirie, l’Empire a été original par une politique d’équipements urbains cohérente :

·         Alimentation en eau avec le canal de l’Ourcq et le bassin de La Villette, ce dernier, outre son rôle dans l’alimentation des fontaines, devint un lieu de promenade et de distraction avant d’être le support d’une industrialisation dès lors que le canal Saint-Martin et le canal Saint-Denis deviennent un axe de navigation important, évitant la traversée de Paris.

·         Construction de ponts (des Arts -1803, d’Austerlitz -1805, et d’Iéna -1813), poursuite de l’aménagement des quais.

·         Construction de greniers de réserve sur le site de l’Arsenal, de la Halle au Vin - quai Saint-Bernard, sur le terrain de l’abbaye de Saint-Victor - et de marchés couverts (3 rive gauche, autant rive droite plus la halle au vieux linge sur le site du Temple).

·         Construction de 5 abattoirs répartis en cercle autour de Paris, avec interdiction aux bouchers d’abattre leurs bêtes près des étals (décret du 9 février 1810).

·         Enfin, dans la continuité de la suppression des cimetières insérés dans la ville prescrite depuis 1766, trois grands cimetières sont décidés en 1801 par le Préfet Frochot : en 1804, celui du Père-Lachaise à l’est, le cimetière Montmartre au nord (1798, agrandi en 1825 et 1847) et, au sud, le cimetière Montparnasse (1824).


La Restauration, la Monarchie de juillet

Croissance de la population

La Révolution voit la population parisienne diminuer (de 600 000 à 550 000 habitants de 1790 à 1801) avant une légère augmentation sous l’Empire qui s’accélère ensuite très fortement entre 1820 et 1850. En 1851 la population municipale (à l’intérieur du mur des Fermiers Généraux) est de 1 053 000 habitants, mais, en comptant les communes périphériques qui ne seront rattachées à la ville qu’en 1860, elle peut être estimée à 1 350 000 (1 696 000 en 1861). Globalement la population fait plus que doubler en 50 ans alors qu’elle avait augmenté de 40% au siècle précédent .Cette croissance est due pour l’essentiel à une immigration de jeunes adultes et reste difficile à expliquer. On peut écarter l’explication par le développement du chemin de fer, le réseau ne se déploie qu’à partir de 1840 et ne devient important et cohérent qu’après 1850. Plus intéressant est l’attractivité de Paris du fait d’une première révolution industrielle qui voit, dès l’Empire, Paris devenir le plus grand centre industriel français. Cette attractivité touche une population provinciale fortement perturbée par les guerres de la Révolution et de l’Empire qui ont mobilisé des millions de paysans qui se retrouvent, la paix revenue, déracinés.


Densification des quartiers anciens et utilisation des biens nationaux

Cette croissance touche en premier lieu les quartiers existants, tout particulièrement les plus anciens et les plus populaires, qui se densifient fortement ce qui se traduit par une dégradation très gave des conditions de vie qui explique sans doute les épidémies de choléra de 1832 (18 400 morts) et de 1849 (16 165 victimes) et les journées révolutionnaires de 1830, 1832 et 1834. Tout au long de la Restauration et de la Monarchie de Juillet les rapports sur les conditions sanitaires et les taudis se multiplient de même que les projets de grands travaux, qui ne seront mis en œuvre que très partiellement avant Haussmann.

Parallèlement, on assiste à un premier développement des communes périphériques, en limite extérieur du mur des fermiers généraux, notamment, de façon assez spontanée dans le bas Belleville, au sud de la butte Montmartre et à la Goutte-d’Or. Puis, de façon plus organisée, des entrepreneurs, des lotisseurs, des banquiers, encouragés par le préfet Chabrol, vont créer des sociétés ayant pour but d’urbaniser de vastes terrains pour répondre à une demande croissante en logements.
En 1822, est ainsi lancé le lotissement de l’enclos de Saint-Lazare, autour de l’actuelle place La Fayette et de l’église Saint-Vincent-de-Paul ; en 1823, le lotissement du quartier François Ier et du quartier Saint-Georges ; en 1826, celui du quartier de l’Europe, lotissement du « jardin de Tivoli », le plus vaste intra-muros, puis, en 1828, celui des Dames de Bellechasse (église Saint-Clotilde). Ces lotissements dans les limites de Paris utilisent généralement des biens nationaux. Cf. les destructions de la Révolution et l'utilisation des biens nationaux. et Les grands lotissements de 1820 à 1850.


Lotissements en périphérie

Dans le même temps, et alors qu’intra-muros, en limite de l’enceinte, subsistent de vastes espaces peu denses, de grands lotissement vont voir le jour dans les communes périphériques. Le premier, celui de la Plaine de Grenelle résulte de l’achat par un conseiller municipal de Vaugirard en 1824, de terres agricoles, ancien bien national. Il fait l’objet d’un plan quadrillé avec place du marché, église, théâtre puis mairie lorsque le quartier deviendra la commune de Grenelle, séparée de Vaugirard en 1830.

Le lotissement de la plaine de Passy est décidé en 1826, avec un plan en étoile et deux axes forts : de la place de l’Etoile à la Muette (av. Victor Hugo) et de la porte Maillot au croisement de l’enceinte des fermiers généraux et de l’axe du Champs de Mars (Av. R. Poincaré et de Malakof). De la même époque date le lotissement des Batignolles, qui formera avec le village de Monceau la commune des Batignolles-Monceau, détachée de Clichy en 1830. D’autres lotissements, plus petits, se créent : au sud le Nouveau Village d’Orléans (1830), le quartier Plaisance, au nord celui de l’ancien domaine du Château Rouge (Boulevard Barbès, rue Poulet) et celui de l’abbaye de Montmartre (place des Abbesses, rue des Trois Frères). Cf. Les grands lotissements de 1820 à 1850.

De 1841 à 1843, les fortifications de Thiers, établies très au large du mur des fermiers généraux, n’aura pas d’incidence immédiate sur l’urbanisation mais forme alors la limite, virtuelle jusqu’en 1860, de la ville. Cf. Les enceintes après 1790.


Les transformations du centre

Les préfets Chabrol de Volvic (1811 – 1830) et Rambuteau (1833 – 1848) ouvrent quelques voies nouvelles : rues d’Arcole et de Constantine dans l’île de la Cité, rue Rambuteau, achèvement des quais, mais comptent principalement sur l’élargissement des rues par de nouveaux alignements lors de la reconstruction des immeubles. Leur œuvre porte surtout sur l’alimentation en eau, l’éclairage des rues, la construction d’équipements publics (achèvement des opérations décidées sous l’Empire, reconstruction de l’Hôtel de Ville, halle aux vins).

Le centre de gravité du Paris animé, du commerce, de la finance et des plaisirs, se déplace vers le nord-ouest, du Palais Royal vers la Bourse et les boulevards aux abords desquels se créent des passages couverts ; nouveauté apparue fin XVIIIe, ils se multiplient sous Louis Philippe.

En 1828 apparaît la première ligne de transport en commun, c’est un succès et les lignes (et les compagnies de transport) vont se multiplier jusqu’en 1855 lorsque Haussmann contraindra les entreprises à se regrouper au sein de la Compagnie Générale des Omnibus (CGO).  

L’arrivée du chemin de fer, à partir de 1837, entraîne la construction d’ « embarcadères » et va poser très vite la question de leurs dessertes, notamment des liaisons avec le centre.

 

En 1850 Paris apparaît comme une ville malade dont les symptômes et les remèdes ont fait l’objet de nombreux rapports et qui attend du pouvoir la mise en œuvre d’un programme d’intervention d’ensemble et cohérent.

 


Voir aussi 

Les Halles, le faubourg Saint-Laurent, le faubourg Saint-Germain, le faubourg Saint-Antoine, le faubourg Saint-Honoré, Belleville et Charonne, Vaugirard


Liens externes

Exposition sur Paris et la petite banlieue

Des usines à Paris, blog de Denis Cosnard sur le Paris industriel.


Atlas de Vasserot et Bellanger (1810-1836), cadastre napoléonien (1808-1825)      

Plan de la ville de Paris dressé par X. Girard, 1820, revu en 1830

Plan de Paris en 1839

Carte hydrographique du département de la Seine  1852

Plan d'ensemble des travaux de Paris indiquant les voies exécutées de 1851 à 1868

Plan de Paris en 20 arrondissements, Andriveau - Goujon  1860


Sources

Delage (Irène) et Prévot (Chantal), Atlas de Paris au temps de Napoléon, Parigramme 2014.

Marchand (Bernard), Paris, histoire d'une ville, XIXe-XXe siècle, Paris 1993

Rouleau (Bernard),  Villages et Faubourgs de L'ancien Paris. Histoire d'un espace urbain. Paris, éd. Seuil, 1985.




Illustration du bandeau : la colonne de Juillet par Réville 1842