Saint Laurent, les faubourgs Saint-Denis et Saint-Martin


La paroisse Saint Laurent occupe, entre le faubourg Poissonnière et le faubourg du Temple, la dépression située entre la butte Montmartre et les buttes Chaumont (col de La Chapelle) par où passent les routes de Saint-Denis, de Senlis et de Meaux, chemins très anciens de Paris au Nord et à l’Est du pays.

Ces routes franchissaient les marais occupant l’ancien bras de la Seine qui furent petit à petit, à partir du XIIe siècle, drainés et mis en culture. Le grand égout (rues du Château d’Eau et des Petites Ecuries), doublé plus au nord par le fossé Sainte-Opportune (rue des Vinaigriers, rue de Paradis) permet d’assainir ces marais qui deviennent des « coutures » ou « courtilles », terres riches de jardins et de cultures maraîchères.

 
<  Le quartier Saint-Laurent en 1450













Le quartier Saint-Laurent en 1600  >




Au nord des marais, en limite des terres inondables, un petit bourg agricole s’est constitué autour de l’église Saint Laurent (attestée dès le VIe s., agrandie au XVIe et achevée début XVIIe - façade vers 1860) et de la maladrerie Saint-Lazare (ou Saint-Ladre), léproserie créée au milieu du XIIe s. et gérée par les Hospitaliers de Saint-Lazare. La maladrerie dispose d’un vaste domaine agricole  enclos de murs au nord de la maladrerie. Au XIIe s. les religieux captent les sources du Pré-Saint-Gervais et font construire un aqueduc qui alimente les fontaines d'une partie de la rive droite (Cf.Belleville et Charonne). Au XVIe s. la diminution des cas de lèpre entraîne le départ des Hospitaliers, la maladrerie devient un prieuré dépendant de Saint-Victor.


La foire Saint-Lazare, la plus ancienne, avant celles du Lendit et de Saint-Germain, procède du privilège accordé en 1110 par Louis VI à la léproserie Saint-Lazare de tenir une foire de la saint Marcel (3 novembre) à la saint Martin (11 novembre). Philippe Auguste la transfert aux Halles en 1181 ou 1183 mais elle renaîtra vite à la saint Laurent (10 août). En 1663, installée dans un enclos avec 260 loges séparées par des allées plantées de marronniers d’Inde, elle a lieu du 10 août au 7 septembre puis de juillet à septembre. Elle accueille cafés, restaurants, salles de danse, spectacles de toutes sortes, un théâtre y est construit au XVIIIe s (Cf. illustration >). Cette foire d’été est complémentaire de la foire d’hiver, celle de Saint-Germain. Elle disparait à la Révolution. 

En 1604, des franciscains réformés, dits Récollets, font construire un couvent rue du faubourg Saint-Martin.

                                     
 ^  Plan Jouvin de Rochefort 1672 
         Le quartier Saint-Laurent en 1700 >

 
       

La Maison de Saint-Lazare et la congrégation de la Mission.

En 1632 la maison-mère de la congrégation de la Mission fondée par Vincent de Paul en 1625 au Collège des Bons-Enfants et destinée à la formation des prêtres et à l’évangélisation des campagnes, est transférée au prieuré Saint-Lazare. A la fois couvent, hôpital et séminaire, la Maison de Saint-Lazare servait aussi de prison pour les prêtres ayant fauté et pour les hommes de bonnes familles envoyés là par lettre de cachet. A Saint-Lazare Vincent De Paul est à l'origine en 1633, avec Louise de Marillac dont il était le confesseur, de la création des Filles de la Charité au service des enfants trouvés et des malades qu'il installera à partir en 1641 faubourg Saint-Lazare, en face de la Maison de Saint-Lazare. 

 
En 1644 Il fait construire, au nord de l’enclos, une grande maison appelée maison Saint-Charles ou séminaire Saint-Charles puis, en 1653, à l'est de l'enclos, l'hospice du Saint-Nom-de-Jésus dans le faubourg Saint-Laurent, hospice de vieillards pour 20 femmes et 20 hommes. Vincent de Paul meurt à Saint-Lazare, en 1660 et est enterré dans l'église Saint-Lazare. Au début du XVIIIe siècle les pères de la Mission font construire un ensemble d’immeubles locatifs en bordure du faubourg (1).

Fermé à la révolution, la Maison de Saint-Lazare est transformée en prison, cependant que les Récollets deviennent hospice pour incurables et le couvent des filles de la Charité une Maison de Santé qui sera reconstruite plus au nord lors de l'ouverture du boulevard Magenta (Hôpital Fernand Vidal).


     La foire Saint-Laurent, plan Turgot, cliquez ici

 <  Le quartier Saint-Laurent en 1790



Le lotissement de l’Enclos Saint-Lazare

Le clos Saint-Lazare, bien national, reste longtemps inoccupé. En 1821 un groupement de financiers et d’architectes décident d’acheter et de lotir le clos afin d'y créer le « Nouveau Quartier Poissonnière ». En 1822, une ordonnance royale approuve le percement des rues prévues par l’architecte Constantin. Le lotissement est organisé autour d’une place ordonnancée (place Charles X, actuelle place Frantz Liszt, cf. illustration) et de l’église Saint-Vincent-de-Paul achevée en 1844 par Jacques Ignace Hittorff. Il comporte deux voies importantes à l'échelle de la ville : le prolongement vers le centre de la route d'Allemagne (rue La Fayette actuelle) et une perpendiculaire, le futur boulevard Magenta.
 Plan A. Tardieu 1839 >


A partir des années 1820 l’ouverture du canal Saint-Martin attire sur ses rives activités économiques et entrepôts.


Les embarcadères

L’arrivée des lignes de chemin de fer du Nord et de l’Est qui, de même que le canal, passent par le « col de La Chapelle » va profondément transformer le quartier. La première gare du Nord est inaugurée en 1846, elle sera reconstruire par Jacques Ignace Hittorf en 1861-1865. L’embarcadère de Strasbourg, gare de l’Est en 1854, est ouvert en 1849.   Le boulevard de Strasbourg établit, à partir de 1852, une liaison entre l’embarcadère de Strasbourg, future gare de l’Est, et les boulevards. Le boulevard Magenta relie la place de la République, les deux gares et les boulevards « extérieurs ».


 <  Le quartier Saint-Laurent en 1850














Le quartier Saint-Laurent en 1900 >




(1) 99 à 105 rue du Faubourg Saint-Denis, ces immeubles existent toujours.


Voir aussi

La fabrique de la ville, sur la constitution du tissu urbain autour de la rue du faubourg Saint-Martin.

Liens 

Sur Wikipedia : L'enclos Saint-Laurent
                         L'enclos Saint-Lazare


Sources