La banlieue, les villages


La banlieue désigne à l’origine l’étendue de la juridiction, des privilèges et immunités de la ville, en dehors de ses barrières ; elle est normalement d’une lieue soit environ 4 km. Elle est progressivement étendue et va, à la fin du Moyen Age, de Saint-Denis à Bagneux et de Boulogne à Montreuil et Vincennes.

La banlieue vit en étroite symbiose avec la ville, à double titre : les droits féodaux et de propriétés foncières dépendent très majoritairement de la capitale et, d’autre part, l’activité agricole est toute entière tournée vers la consommation urbaine.

 

Fiefs, censives et seigneuries


La carte ci-contre de la fin du XVIIIe siècle montre l’étendue des seigneuries autour de Paris laquelle est largement un héritage du Moyen Age. Elle met en évidence l’importance des domaines de l’Eglise, de l’Evêque, des chanoines et des grandes abbayes.  Sur la rive droite, l’Evêque, contrôle presque toutes les terres entre la rue Saint Denis et le Roule. Le chapitre de Sainte Opportune a reçu, en 1154, de Louis VII une bonne partie du marais qui s’étend au nord de la ville de la Bastille à Chaillot. Le fief des religieuses de Montmartre va jusqu’au marais et à l’égout qui lui a succédé. La censive de la léproserie de Saint Lazare est également très étendue. La petite abbaye de Saint Eloi (dans l’île de la Cité) possède un très vaste domaine dans l’est parisien, correspondant aux XIe et XIIe arrondissements actuels.


Censives et seigneuries à la fin du XVIIIe ^


Le domaine des Visitandines, indiqué sur la carte, correspond à la seigneurie de Chaillot avant le XVIIe s. Le domaine royal pour sa part était alors limité au Palais, aux Halles et au Louvre.

Sur la rive gauche, l’abbaye de Sainte Geneviève est dotée par Clovis, son domaine va de la Seine à l’avenue du Général Leclerc. Lors de la fondation de l’Ecole Militaire, Louis XV rachète aux génovéfains (moines de Sainte Geneviève) la seigneurie de Grenelle, pour doter la nouvelle institution. La censive de Saint Germain des Prés, délimitée par Childebert au milieu du VIe s. couvre un vaste espace le long de Seine et, au-delà du fief des génovéfains, vers Vanves. Le chapitre de Saint-Marcel et les hospitaliers de Saint-Jean-de-Latran se partagent le reste de la rive gauche.

Les grandes seigneuries laïques sont limitées notamment celles de Monceau et Vaugirard. Jusqu’au XVIe siècle, la seigneurie de Charonne appartient à l’abbaye de Saint-Magloire, située rue Saint-Denis.


L’agriculture

A partir du XIIe siècle, le marais qui ceinture le nord de Paris, de la Bastille à Chaillot, est assaini et mis en culture par les chanoines de Sainte-Opportune. Le grand égout est creusé et complété au nord par un second fossé et un réseau de canaux transversaux ; le fossé de l’enceinte de Charles V participe également au drainage du marais. Ces terres bien drainées sont propices à la culture de plantes potagères et au jardinage. Les termes de maraichage et cultures maraichères, viennent de cet aménagement.  Les constructions resteront très limitées jusqu’à la seconde moitié du XVIIIe siècle dans ce riche terroir : les hameaux de la Ville-l’Evêque, du Roule et des Porcherons, les fermes de Mathurins et de la Grange Batellière. Au-delà, viennent les terres de labours (blé, avoine, seigle, orge) et sur, les pentes de Chaillot, de Montmartre et de Charonne, la vigne.

La vigne est également très présente sur la rive gauche. Aux Xe et XIe siècles, les clos (Garlande, Bruneau…) sur les pentes de la montagne Sainte-Geneviève sont couverts de vignes, l’urbanisation les fait disparaitre au XIIe s. Elles se maintiendront très longtemps sur les pentes de Vaugirard (au sud-est de la rue de Vaugirard) et de la Butte aux Cailles, mais aussi à Issy, Vanves, Montrouge, Montreuil et jusqu’à Argenteuil.

Les forêts du Rouvray, ancien nom du bois de Boulogne (de chênes rouvres), et de Vincennes, beaucoup plus étendues que de nos jours, sont défrichées et mises en culture jusqu’au début du XIVe s. date à laquelle le défrichement est interdit. Elles fournissent bois de chauffage et bois de construction aux Parisiens. 

 

Le bourg Saint-Marcel, la Salpétrière et les moulins. ^
Sauveur Le Conte 1649
< la banlieue à la fin du Moyen Age

Compléments de la production céréalière, les moulins à eau sont très nombreux. Dans Paris, on les trouve sous les ponts, le pont aux Meuniers en comporte treize ; gênant la navigation ils sont réglementés et implantés ensuite sur des barges le long des rives. Ils ont présents également sur la Bièvre. Les moulins à vent apparaissent au XIIe siècle. Le plus anciennement connu se trouve sur la butte Copaux, aujourd’hui le labyrinthe du Jardin des Plantes. Ils se multiplient ensuite sur les hauteurs de Montmartre et de Belleville, mais aussi sur les buttes de décharge aux portes de la ville et dans la plaine.

Les manoirs, les résidences périurbaines

Les grandes abbayes possèdent souvent, au milieu de leurs fiefs et de leurs exploitations agricoles, des lieux de résidences. L’abbé de Saint-Germain-des-Prés peut séjourner dans son manoir de Vaugirard, celui de Sainte-Geneviève à Auteuil et celui de Saint-Magloire à Charonne.
Grandes familles nobles mais aussi riches bourgeois font construire des manoirs entourés de jardin, parfois appelés « folies », de feuilles. En bordure de la Bièvre, on trouve ainsi le séjour d’Orléans, aménagé par Louis d’Orléans, frère de Charles VI, la maison du Patriarche qui appartenait à Simon de Cramault, patriarche d’Alexandrie, et les hôtels d’Albret et de Boulogne. Le manoir de Popincourt est construit pour Jean de Popincourt, premier président au Parlement de Paris. Sur les pentes de Charonne, la folie Regnault est le vaste domaine d’un épicier parisien Regnault de Wandonne (aujourd’hui le cimetière du Père Lachaise). 


Les villages

De petits bourgs agricoles se sont développés autour de Paris sur les pentes des collines, hors des zones inondables. Belleville et Passy ne seront érigés en paroisse qu’aux XVIe et XVIIe siècles.

La Chapelle Saint-Denis

Le village de La Chapelle est situé sur l’antique voie romaine qui menait de Paris à Saint-Denis et aux provinces du nord du royaume par le col de La Chapelle entre Montmartre et les hauteurs de Belleville. Son nom rappelle la chapelle où Sainte-Geneviève se serait arrêtée en allant à Saint-Denis. Son terroir est constitué essentiellement de terres de labour. Situé sur une voie de passage très fréquentée le village comporte quelques commerces, cabarets et auberges ; il s’est développé derrière l’église, à l’écart de la route, vers la rue de l’Evangile avec des exploitations maraichères et quelques résidences secondaires de parisiens. Le village qui dépend de la seigneurie de l’abbaye de Saint-Denis est administré jusqu’à la Révolution par un bailli nommé par l’abbaye ; il compte environ 800 habitants à la fin du XVIIIe siècle.


 
Charonne, plan Jouvin 
de Rochefort, 1672     >



< La Chapelle,
plan de Roussel 1730
 




L'église Saint-Germain
 de Charonne. Musée Carnavalet >
 



Charonne

Charonne est un village de vignerons, la vigne occupe en effet les ¾ des terres et fournit le vin des guinguettes de Fontarabie et du Petit-Charonne. Le village s’est développé à partir du Château de Charonne, propriété des moines de Saint-Magloire jusqu’au XVIIe siècle, et de l’église Saint-Germain autour de la Grande-Rue Saint-Germain (actuelle rue Saint-Blaise). Comme la plupart des villages autour de Paris on trouve également quelques maisons de campagne de parisiens. Charonne compte 156 feux en 1788 soit de l’ordre de 600 habitants.

 

Voir aussi  

Montmartre, Vaugirard , Belleville et Charonne


Liens


Sources

Rouleau (Bernard),  Villages et Faubourgs de L'ancien Paris. Histoire d'un espace urbain. Paris, éd. Seuil, 1985.

Sandron (Dany), Lorentz (Philippe) et Lebar (Jacques) photographe, Atlas de Paris au Moyen Âge. Parigramme, 2006.