Le quartier latin


De la Révolution au Second Empire

Deux évènements vont profondément modifier l’ancien quartier de l’Université sous la Révolution : la dissolution de l’université (Cf. l’Université) et la réorganisation de l’enseignement supérieur ainsi que la suppression des couvents qui deviennent biens nationaux.

Déjà au XVIIIe s. pour pallier la sclérose de l’université et enseigner les sciences et les techniques, on crée des écoles spécialisées : l’école des Ponts-et-Chaussées en 1747, l’école des Mines en 1783 et de nombreuses écoles militaires.

Le coup de grâce est porté le 15 septembre 1793 par la Convention qui dissout les universités et les collèges, trop liés à l’Eglise, et les remplace par un ensemble d’écoles centrales et d’écoles spéciales, précédées par les écoles primaires. En 1794 sont ainsi créés l’Ecole Normale (1) pour former les enseignants, l’Ecole Polytechnique et le Conservatoire national des arts et métiers pour les sciences et des techniques, ainsi qu’une école de médecine puis, en 1804, une école de droit.

À partir de1806, Napoléon réorganise l'ensemble du système d'enseignement français en créant l'Université impériale, avec à sa tête un grand maître, et des académies dirigées par un recteur. L’académie de Paris regroupe les lycées, les écoles normales ou spéciales et cinq facultés : des sciences, des lettres, de théologie, de droit et de médecine. Les facultés de droit et de médecine retrouvent leurs locaux d'Ancien Régime, place du Panthéon et rue de l'école de Médecine, tandis que les trois autres s'installent en 1821 dans la Sorbonne.

 
    Le quartier latin en 1790 ^
 
Le quartier latin en 1850 ^  

Le second acte révolutionnaire important pour le quartier est la suppression des couvents, particulièrement nombreux à l’intérieur de l’enceinte de Philippe Auguste et au faubourg Saint-Jacques. L’utilisation de ces biens nationaux va permettre l’ouverture de voies nouvelles et fournir aux lycées et aux écoles nouvellement créés de nouveaux locaux, gardant ainsi au quartier son caractère estudiantin.

Le « plan des artistes » (Cf. les destructions de la révolution) prévoyait tout un ensemble de voies nouvelles, en particulier au faubourg Saint-Jacques - dont seules quelque unes seront ouvertes, et une opération plus ambitieuse sur la vaste emprise des Chartreux.

Le lotissement de l’enclos des Chartreux, entrepris en 1798, voit l’ouverture de la rue de l’Ouest (rue d’Assas), de la rue de l’Est (sud du boulevard St Michel), de la rue du Val de Grâce et de la partie nord de l’avenue de l’Observatoire qui ne sera aménagée que progressivement. La partie centrale permet d’agrandir (modérément) le jardin du Luxembourg et ne sera construite qu’après 1850.

Egalement prévus au « plan des artistes » et réalisés, la rue Cujas (à travers le couvent des Jacobins, 1800), la rue d’Ulm (sur les terrains des Visitandines et des Ursulines, 1807) et le lotissement du couvent des Bernardins (rues de Poissy et de Pontoise, 1810). La rue Soufflot, prévue dès la construction de la nouvelle église Ste Geneviève (le Panthéon) ne sera achevée qu’en 1876.

 D’autres voies sont ouvertes : la rue des Ursulines en 1798 sur le couvent des Ursulines, la rue Clovis (1807- 1809,  sur l’église de l’abbaye de Ste Geneviève et le collège de Boncourt), la rue Racine (1822, à travers le couvent des Cordeliers) et la rue de l’école polytechnique (1844, sur le collège des Grassins). 



< Le Panthéon et Ste-Etienne-du-Mont après l'ouverture de la rue Clovis c. 1810, V.-J; Nicolle,  BNF Gallica


Outre les Chartreux et les Bernardins, d’autres fondations religieuses sont démolies : Les Carmélites en 1797 (rue du Val-de-Grâce), les Ursulines en 1798, le couvent des Jacobins à partir de 1800 (rues Cujas, Soufflot, Victor Cousin), l’abbaye de Saint-Victor fait place à la Halle aux vins (1811), le couvent de la Miséricorde est occupé par une caserne (reconstruite en 1840) ; les Feuillantines et la commanderie de Saint-Jean de Latran connaissent divers occupations avant de disparaitre petit-à petit.

Le couvent des Cordeliers, après avoir abrité le club des Cordeliers, est démoli en 1802 – à l’exception du réfectoire - le terrain est affecté à un hôpital et à la faculté de médecine. Sainte Pélagie, institution créée au XVIIe s. pour la détention de femmes de mauvaise vie,  devient une prison politique où furent enfermés tout au long du XIXe des opposants aux régimes successifs.

Le Val-de-Grâce est destiné par la Convention en 1793 à un hôpital militaire, ses bâtiments sont ainsi conservés.


Démolition des Cordeliers 1802, Demachy. Bibl. Nat. >

Le lycée Louis-le-Grand retrouve les locaux de l’ancien collège des Jésuites, le lycée Henri IV s’installe dans l’ex abbaye de Sainte Geneviève (1796 – 1800) et le lycée Saint Louis est construit sur le site du collège d’Harcourt (1814 – 1820).

L’école Polytechnique est établie dans les locaux de l’ex collège de Navarre en 1804 ; L’école Normale Supérieure occupe le collège du Plessis en 1810 puis le séminaire du Saint Esprit (rue Lhomond) en 1814 avant, en 1847, de disposer d’un nouveau bâtiment rue d’Ulm construit sur les jardins du couvent des Ursulines.


Du Second Empire à la fin du XIXe siècle 

L’intervention d’Haussmann porte pour l’essentiel sur trois opérations importantes :

·         Le boulevard Saint-Michel (1855), élément du grand axe nord-sud,

·         Le boulevard Saint-Germain (1855 et 1866), axe est-ouest, pendant rive gauche de la rue de Rivoli. Il est précédé par la rue des Ecoles (1852), située trop au sud, dans la pente de la Montagne Sainte-Geneviève.

·         Les rues Monge, Gay-Lussac et Claude-Bernard (1859) qui permettent de relier le centre de Paris à la route d’Italie, doublant le vieil axe de la rue Mouffetard en évitant de toucher  le cœur du quartier.

 
 ^ Plan d'ensemble des travaux de Paris indiquant
 les voies  exécutées de 1851 à 1868
Le quartier latin en 1900 ^  
  

A ces axes majeurs pour la circulation, il faut ajouter le lotissement de l’enclos des Chartreux (rues Michelet et Auguste Comte) et celui de la commanderie de Saint-Jean de Latran (rues de Latran, Thénard, et Jean de Beauvais).

Le quartier latin se densifie, de nouveaux lycées sont construits : Fénelon en 1883, Montaigne en 1890. L’école de Pharmacie (1876-1885) et l’école des Colonies (1896, en style mauresque) ainsi que la reconstruction de la Sorbonne (achevée en 1901) renforcent le caractère universitaire du quartier.



 < Le percement de la rue Monge, gravure de Provost

La troisième république recrée en 1896 l’Université de Paris. 



(1)  Devenue Ecole Normale Supérieure en 1845



Voir aussi

L'Université. Les fondations religieuses au XVIIe s.


Liens

Plan de Paris en 1839.

Plan d'ensemble des travaux de Paris indiquant les voies exécutées de 1851 à 1868.

Plan topographique de la montagne Ste-Geneviève du XVIe au XIXe siècle 1874


Sources