Les fondations religieuses au XVIIe siècle


Le XVIIe s., notamment de 1600 à 1660, moment décisif de la Contre-Réforme catholique, connait une floraison de fondations religieuses que Paris n’avait pas vue depuis le XIIIe s.

Sous l’impulsion du cardinal de Bérulle, de François de Sales, de Monsieur Vincent, des Jésuites et des Capucins des ordres nouveaux apparaissent, des couvents sont construits dédiés à l’enseignement (Jésuites, Oratoriens), à la formation des prêtres (Saint-Lazare, Compagnie de Saint Sulpice), à la charité (Filles de la Charité, Enfants Trouvés), à la contemplation (Carmes, Carmélites, Visitandines...). Beaucoup sont fondés par de grands personnages saisis, en fin de carrière, par des inquiétudes religieuses, de riches veuves, des femmes de la cour, par souci de conversion ou devant la misère du temps.

Les fondations religieuses, état en 1790 et date de fondation                                                      cliquez sur la carte   >

Les couvents de femmes sont particulièrement nombreux : en 1790, à la veille de leur suppression, ils sont une centaine, deux fois plus que les couvents d'hommes, en très grande majorité (4/5) fondés au XVIIe : Carmélites (1602), Ursulines (1603), Capucines (1604), Augustines des Madelonnettes (1618), Filles du Calvaire (1620), Bénédictines du Val-de-Grâce (1621), Annonciades célestes (1622), Visitandines (1623), Feuillantines (1623), Recolette (1627), Filles de la Charité (1633), Filles de la Croix (1641)... 

Ursulines et Visitandines (ces dernières fondées par Saint François de Sales et Sainte Jeanne de Chantal en 1610) se consacrent à l'instruction des jeunes filles. En 1633, Saint Vincent de Paul aidé de Louise de Marillac crée la confrérie des Filles de la Charité qui prennent en charge les hôpitaux, les enfants trouvés et de nombreuses écoles primaires. Vincent de Paul s'intéresse également à la formation des prêtres, aux missions, à l'accueil des vieillards. Installé dans la Maison Saint-Lazare, il crée dans le faubourg Saint-Laurent plusieurs établissements (Cf. Le faubourg Saint Laurent).
Curé de Saint Sulpice, Jean-Jacques Olier fonde en 1641 le Séminaire Saint-Sulpice pour la formation des prêtres qui possédera également plusieurs établissements à Paris.

 

 Eglise des Feuillantines, rue Saint-Jacques ^

Les couvents des faubourgs St. Jacques et St. Marcel à la fin du XVIIe siècle > 

 

Ces nouveaux couvents s’implantent en majorité sur la rive gauche, en périphérie urbaine, dans les faubourgs Saint-Jacques, Saint-Victor et Saint-Germain mais aussi, rive droite, au faubourg Saint-Antoine et à Popincourt et dans les quartiers qui s’ouvrent à l’urbanisation (rue Saint-Honoré - Cf. le quartier Richelieu en 1700 -, le Marais). 

Tous adoptent le modèle architectural importé d'Italie : arcades en plein-cintre, piliers avec pilastres, voûtes en berceau, parfois une coupole à la croisée du transept, façade avec ordres superposés. 

             
^ Eglise des Carmes, rue de Vaugirard                                         Noviciat des Jésuites, rue du Pot de Fer (rue Bonaparte) ^

Portail de l'église des Feuillants cliquez ici

Couvent des Filles de la Visitation Sainte-Marie (Visitandines), rue Saint-Antoine cliquez ici (Israël Silvestre)

Le plus important de ces couvents, et l'un des rares conservés, est l'abbaye du Val-de-Grâce, fondée par Anne d'Autriche en 1621 pour des bénédictines. La chapelle est construite à partir de 1645 sur les plans de François Mansart. Val de Grâce cliquez ici.

Généralement entourés de vastes jardins, ces couvents marquent fortement jusqu’à la Révolution le paysage parisien.



Ils possèdent parfois des immeubles locatifs qui accroissent leurs revenus. Le noviciat des Dominicains est ainsi propriétaire d’une quinzaine d’immeubles rue Saint-Dominique et rue du Bac et les Dames de Bellechasse de quatre hôtels rue Saint Dominique.
voir carte >

Les Carmes possèdent plusieurs bâtiments rue Cassette ainsi qu'une dizaine d'hôtels et de maisons rue du Regard en limite de leur jardin. Au début du XVIIIe, les Lazaristes font construire un vaste immeuble locatif 99 à 105 rue du faubourg Saint-Denis. En 1782 les Feuillants font de même 229 à 235 rue Saint-Honoré. Ces deux bâtiments existent toujours.

Ce renouveau de ferveur monastique et caritative est suivi au XVIIIe par une période de relâchement et, à la veille de la Révolution, un grand nombre de couvents ne comportent plus que quelques moines.

La quasi-totalité de ces couvents seront vendus à la Révolution comme biens nationaux et disparaitront. Certains bâtiments se maintiennent, transformés souvent en hôpitaux (Val-de-Grâce, Port-Royal, Institution de l’Oratoire –Hôpital St.-Vincent-de-Paul -, Séminaire des Oratoriens - Institut des Sourds-Muets - sur la carte ci-dessus), en casernes  ou en prisons. 


 < Les emprises religieuses rue de    Vaugirard, rue de Sèvres (plan  Turgot 1739)

  

Les emprises religieuses dans l'est parisien (plan Jouvin de Rochefort 1672)   cliquez  ^

Les emprises religieuses faubourg Saint-Germain, rue de Vaugirard, rue de Sèvres :

  • Hôpital des Petites Maisons ou hôpital Saint-Germain, 1557, en remplacement d’une léproserie du XIIIe s. Agrandi à plusieurs reprises il est démoli en 1868 (square Boucicaut et rue Velpeau actuels)
  • Noviciat des Jésuites, 1610, à l’emplacement de l’hôtel de Mézières. Vendu en 1763, l'église est démolie et le domaine est morcelé en 1806. Cliquez ici.
  • Les Carmes Déchaussés, 1611, l’église possède  la première coupole de Paris (actuellement Institut Catholique).
  • Annonciades puis Cisterciennes de l’Abbaye aux Bois, 1637, couvent de femmes, démoli en 1907 pour élargir la rue de Sèvres.
  • Les Orphelines, Filles du Saint-Esprit, 1640, fermé à la révolution
  • Bénédictines de l’Adoration Perpétuelle du Saint-Sacrement, 1643. Fermé en 1790, vendu en 1796.
  • Filles de l’Instruction Chrétienne, 1657. Etablissement supprimé à la Révolution.
  • Filles du Précieux Sang, Bernardines réformées, 1659, démoli en 1797.
  • Les Prémontrés, 1662, couvent d’hommes. Supprimé en 1790 et vendu en 1797. Eglise des Prémontrés, cliquez ici
  • Bénédictines du Cherche-Midi, 1669. Fermé en 1790, les bâtiments sont vendus entre 1796 et 1800.
  • Filles du Bon Pasteur, fondé en 1686 pour des filles repenties, fermé à la Révolution.
  • Cordelières, couvent de Sainte-Claire,1686, fermé en 1749.
  • Filles de Saint-Thomas, religieuses hospitalières, 1700. Maintenue à la Révolution, la communauté fut expropriée en 1907 pour l'ouverture du boulevard Raspail.


Voir aussi

Le faubourg Saint-Antoine, le quartier latin (sur le destin des institutions du faubourg Saint-Jacques après la Révolution).


Liens

Sur la Compagnie de Jésus voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Compagnie_de_J%C3%A9sus
Sur la congrégation de l'Oratoire voir : http://dictionnaire-montesquieu.ens-lyon.fr/index.php?id=491
Sur le séminaire de Saint-Sulpice voir : http://semissy.pagesperso-orange.fr/psshist.htm
Sur les Visitandines (ordre de la Visitation Sainte-Marie) voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Ordre_de_la_Visitation
Sur l'enclos Saint-Lazare voir sur Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Enclos_Saint-Lazare

Sources 

Biver (Paul et Marie-Louise) Abbayes, monastères et couvents de Paris, des origines à la fin du XVIIIe siècle. Paris, 1970