Le quartier Richelieu


La proximité du Louvre avait entrainé dès le XVe s. la construction d’hôtels aristocratiques entre la Seine, Saint-Germain-l’Auxerrois et l’enceinte de Charles V (Cf. les hôtels au Moyen-Age). Cette tendance se renforce sous Henri IV en particulier entre le Louvre et les Tuileries avec la construction de la Grande Galerie.

L’urbanisation du quartier résulte d’un évènement fortuit : l’acquisition par Richelieu en 1624 de l’hôtel d’Angennes pour en faire sa résidence et l’autorisation du roi de démolir l’enceinte de Charles V de façon à agrandir le terrain pour y construire un palais agrémenté d’un grand jardin.


              le quartier Richelieu en 1600   ^                                                         le quartier Richelieu en 1650   ^

En contrepartie, on reprend la construction de l’enceinte bastionnée, dite des « fossés jaunes », tracée sous Charles IX et dont seuls les terrassements avaient été réalisés, englobant dans la ville les faubourgs Saint-Honoré, Montmartre et de la Villeneuve.


L’enceinte bastionnée. Décidée semble-t-il par François Ier, la réalisation d’une nouvelle enceinte, bastionnée c’est-à-dire  adaptée à l’artillerie, dura plus d’un siècle. De 1553 à 1560, l’enceinte de Charles V, au nord et à l’est, est renforcée de bastions en utilisant les buttes de décharges (voiries, buttes de déchets, d’immondices et surtout de gravats) qui s’étaient développées aux portes de la ville (1).

 Puis, à partir de 1566, est engagée l’enceinte des « fossés jaunes », à l’ouest, de l’extrémité du jardin des Tuileries à la porte Saint-Denis en englobant un nouveau quartier qui se développe avec la construction du palais des Tuileries. 

Au début du XVIIe, la partie entre la Seine et la porte Saint-Honoré est achevée, pour les autres bastions les plans montrent que les revêtements en maçonnerie, les portes et en partie les fossés ne sont pas terminés.

 
^ L'enceinte bastionnée, les fossés jaunes vers 1650




Louis le Barbier, entrepreneur et spéculateur actif également au Pré aux Clercs, s’engage à raser l’enceinte de Charles V et à achever la nouvelle ; en compensation, il obtient le droit de lotir les terrains compris entre les deux enceintes.



< Le faubourg Saint-Honoré, plan de Mérian 1615


De 1630 à 1650 des voies nouvelles sont tracées selon un réseau orthogonal pour desservir ce secteur : rues de Richelieu, des Petits-Champs, Notre-Dame-des-Victoires, Vivienne, Gaillon, Saint-Augustin et Sainte-Anne qui butera un temps sur la butte Saint-Roch, butte de décharge couverte de masures et de moulins. Plus à l’est de nouvelles rues remplacent le rempart et son fossé : rues du Mail, de Cléry et des Fossés-Montmartre (d’Aboukir). L’église Saint-Roch est érigée en paroisse en 1626.

Richelieu fait construire le Palais Cardinal par Lemercier, de 1625 à 1639, avec un très vaste jardin qu’il entoure d’immeubles de rapport desservis par les rues de Richelieu, des Petits-Champs et des Bons-Enfants. 


 
^ le Palais Royal en 1679, d'après le plan de La Boissière
La Palais Royal en 1979, musée Carnavalet >
 

Légué au roi par le cardinal, le palais devint Palais-Royal à sa mort. Louis XIV le donna en apanage à la famille d’Orléans qui le conserva jusqu’en 1848.

Autour de ce palais se construisent de beaux hôtels, de Senneterre, d’Hémery (à l’emplacement de la place des Victoires), de la Vrillière, du chancelier Séguier… En 1649, le cardinal Mazarin achète l’hôtel Tubeuf et fait construire le long de la rue de Richelieu un ensemble de bâtiments afin d’y installer sa bibliothèque et ses collections.

Le quartier attire les ordres religieux qui trouvent là de grands terrains à bâtir. Rue Saint-Honoré, aux Capucins et aux Feuillants installés par Henri III viennent s’ajouter  les Capucines (1604),  les Jacobins (1611), les Filles de l’Assomption (1622) et les Filles de la Conception (1635). Les Filles de Saint-Thomas s’établissent en 1626 plus au nord (emplacement actuel de la Bouse) et les Augustins déchaussés (Petits Pères) rue Notre-Dame des Victoires en 1628. Cf. les Fondations religieuses au XVIIe s.

Le développement du quartier se poursuit sous Louis XIV. Michel Villedo et ses associés lotissent la butte Saint-Roch arasée vers 1670 et prolongent la rue des Petits-Champs. De grands hôtels se construisent dans ce quartier à la mode avant que la cour ne s’installe à Versailles : hôtels de Louvois,  de Lionne, de Lorges (2), de Lully…


^  plan Jaillot 1713             le quartier Richelieu en 1700  >
 


Deux places royales d’architecture ordonnancée, destinées à mettre en valeur une statue de Louis XIV, sont entreprises à la fin du siècle, toute deux sur les plans d’Hardouin-Mansart. La place des Victoires, en fer à cheval, autour d’une statue du roi en pied commande du duc de La Feuillade, est construite de 1682 à 1690. Les hôtels de Pomponne et de Rambouillet sont maintenus mais modifiés pour devenir symétriques.

La place Vendôme, autour d’une statue équestre du roi, eut une histoire plus compliquée. Initiative de Louvois, elle est construite sur l’emplacement de l’hôtel de Vendôme et du couvent des Capucines qui sera reconstruit plus au nord par le même Hardouin-Mansart et dont l'église est dans l'axe de la voie qui traverse la place (3). Carrée à l’origine et ouverte sur la rue Saint-Honoré, elle deviendra octogonale et sa surface sera réduite pour en limiter le coût et augmenter la surface à bâtir. Commencée en 1686, sa construction ne sera achevée qu’en 1720, la statue ayant été inaugurée en 1699.

Enfin, de 1685 à 1705, les bastions des fossés jaunes sont remplacés par le « nouveau cours », promenade plantée qui marquera la limite de l’urbanisation jusqu’au milieu du XVIIIe siècle.

 

 
  ^ le quartier en 1790
 
le quartier en 1850 ^ 

Tout au long du XVIIIe s. le quartier se densifie. De beaux hôtels se construisent rue de Richelieu et rue Saint-Augustin. Les plus remarquables sont les hôtels d’Antin et de Choiseul. L’hôtel d’Antin, rue Louis-le-Grand, construit au début du XVIIIe devient avec le duc d’Antin puis le maréchal de Richelieu l’un des plus beaux de Paris, en particulier pour ses jardins. Rue de Richelieu, l’hôtel bâti pour le financier Pierre Crozat en 1706 était somptueux, ses jardins s’étendaient vers le nord, au-delà du Cours (Cf. plan de 1750 de la Chaussée d’Antin) ; le duc de Choiseul le vendit au fermier général  Laborde qui le lotit en 1780.

La révolution supprime les couvents qui sont lotis. La rue de Rivoli est ainsi ouverte sur les jardins des couvents et sur le Manège des Tuileries de la place de la Concorde au Palais Royal de 1800 à 1835. Un nouveau quartier apparaît entre cette rue et la rue Saint-Honoré autour de la rue  du Mont Thabor (1802). La rue de la Paix est percée en 1806 sur l’emplacement du couvent des Capucines, cependant que le marché Saint-Honoré remplace les Jacobins. Entre 1808 et 1827, la Bourse est construite sur le terrain occupé par les Filles de Saint-Thomas.

Au cours de la première moitié du XIXe, les galeries et le jardin du Palais Royal, lieu d’animation à la mode, des cafés et des plaisirs de 1785 à la fin de l’Empire,  perd de son lustre au profit du quartier de la Bourse et des boulevards où s’édifient galeries couvertes et théâtres.

Sous le Second Empire le percement de l’avenue de l’Opéra, conçue dans les années 1850 comme liaison entre le Louvre et la gare Saint-Lazare avant de devenir la ligne de mire du Palais Garnier, entraîne la démolition d’un quartier ancien, populaire et dégradé qui fait tache entre le Louvre, la place Vendôme et la Bourse. Commencé en 1864, son aménagement sera long et difficile ; outre les nombreuses expropriations, il faut araser l’ancienne butte aux moulins ; elle sera ouverte en totalité pour l’inauguration de l’opéra en 1875.

La rue du Quatre-Septembre, dernière opération de voirie du Second Empire, est l’amorce, entre l’Opéra et la Bourse, d’une liaison ouest-est vers la place de la République qui ne sera achevée qu’au début du XXe s.  

le quartier en 1900 ^  


(1)   Elles ont très visibles sur les plans du milieu du XVIe s.

(2)  Gendre de Nicolas Fouquet.

(3) la rue de la Paix a été tracée sur l'emplacement de ce couvent.


Voir aussi


Liens

Plan de Gomboust 1652

Sur l'architecte Michel Villedo


Sources

Babelon (J.-P.), Demeures parisiennes sous Henri IV et Louis XIII, Paris 1965 (rééd. 1991).