Les hôtels aristocratiques et ecclésiastiques au Moyen Age


Paris capitale du royaume depuis la fin du XIIe s., siège du pouvoir et de l’administration royale, accueille les grands personnages de la cour et les princes de l’Eglise, archevêques, évêques et abbés des grandes abbayes. Tous ont vocation à y posséder un hôtel digne de leur rang.

L’histoire des hôtels au moyen âge est particulièrement complexe. Contrairement aux édifices religieux pérennes en quasi-totalité (bien que parfois reconstruits) jusqu’à la Révolution, les hôtels sont très souvent modifiés,  reconstruits, leur emprise et leur aspect changent de même que propriétaires ou occupants et donc leur appellation.

Nota : Il existe plusieurs cartes des hôtels médiévaux à Paris, notamment celle dite du CNRS de 1991, celle de l’Atlas de Paris au Moyen Âge de 2006, celle réalisée par Valentine Weiss et Sandrine Bula publiée dans La demeure médiévale à Paris en 2012. Ces cartes présentent entre elles des différences notables. On a tenté ici une synthèse, en ne retenant pour 1300 et 1450 que les hôtels les plus importants mentionnés par plusieurs auteurs.



Les hôtels aristocratiques

Princes de sang et grands seigneurs font construire leurs résidences parisiennes à proximité du Louvre. Alphonse de Poitiers, frère de Saint Louis, s’installe en 1254 dans l’hôtel d’Hosteriche qui devient ensuite la propriété du fils de Saint Louis, comte d’Alençon, d’où le nom de grand hôtel d’Alençon, avant d’être acquis par Enguerrand de Marigny, ministre de Philippe le Bel. L’hôtel de Flandre construit fin XIIIe pour Guy de Dampierre, comte de Flandre, occupe une très vaste emprise en dehors du rempart de Philippe Auguste, il sera loti en 1547. L’hôtel de Nesles, construit vers 1190 adossé à l’enceinte de Philippe Auguste devint propriété du duc d’Orléans qui l’agrandit fin XIVe

 
^ Les hôtels parisiens vers 1300               
 
               Les hôtels parisiens vers 1450 ^


L’un des plus importants est le Petit Bourbon, sur un terrain acquis à partir de 1300, il est rebâti vers 1390-1400 pour Louis II de Bourbon, cousin éloigné du roi, il comprend différents bâtiments, logis, chapelle et une grande salle qui subsistera jusqu’au XVIIIe, elle servira de salle de bal et de théâtre.
 



                     Le Petit Bourbon, plan de Gomboust, 1652  >
                     La disposition d'origine de l'hôtel est conservée


Fin XIIIe, le duc de Bourgogne possède un hôtel rive gauche sur la montagne Sainte Geneviève ; à partir de 1369, il s’installe rive droite dans l’hôtel d’Artois.

Le Marais est le second quartier d’implantation privilégiée des hôtels. Dès 1270, Charles d’Anjou, frère de Saint Louis y possède un hôtel : l’hôtel du roi de Sicile. Mais c’est l’installation de Charles V dans l’hôtel Saint-Pol à partir de 1360 qui va attirer les grands du royaume dans un quartier où, entre les deux enceintes les terrains libres sont nombreux (Cf. Le Marais). L’un des plus anciens est l’hôtel Barbette, construit par un prévôt des marchands, Etienne Barbette, vers 1300, En 1401, il est acquis par la reine Isabeau de Bavière et connaîtra par la suite de nombreux propriétaires.

L’hôtel des Tournelles, construit en 1388 par Pierre d’Orgemont, chancelier de France, devient l’hôtel des ducs d’Orléans puis résidence royale après avoir été racheté par Charles VI en 1407. Bertrand Du Guesclin et le connétable Olivier de Clisson ont également leur hôtel à proximité.

L’aristocratie possède également des hôtels, rive gauche, dans le bourg Saint-Germain-des Près, de part et d'autre de l'enceinte : hôtel des comtes d’Auxerre, hôtel des comtes de Champagne (roi de Navarre) puis du duc d’Orléans (hôtel de Navarre).

L’hôtel de Nesles (du XIIIe s.) est le plus important par son étendue, en bordure de Seine. Donné au duc Jean de Berry par Charles VI en 1380, le duc agrandit le terrain d'emprise de l'hôtel, aménage au-delà des remparts des écuries et des jardins et en fait, entre 1383 et 1416, une des plus belles demeures de Paris, célèbre notamment pour sa grande salle, ses galeries le long des remparts, son jardin avec volière parmi les haies et les treilles.



L'hôtel de Nesles sur le plan de Saint Victor (1550) >
On distingue bien la grande galerie


Les plus grands seigneurs possèdent plusieurs résidences, successivement et/ou simultanément, le duc Jean de Berry (1340-1416), frère de Charles V, en a près d'une dizaine. Il en est de même pour la famille d’Orléans : Hôtel de Navarre (de 1350 à 1484) – rive gauche, hôtel de Nesles puis d’Orléans – près des halles (de 1388 à fin XVe), hôtel du Porc-Epic (de 1397 à 1404), hôtel des Tournelles (1404 à1407) et hôtel d’Orléans (1435 à 1456.) - au Marais, séjour d’Orléans au bourg Saint-Marcel (de 1388 à 1406). Echanges ou rachats entre grandes familles sont fréquents. 


Les résidences épiscopales et abbatiales

La rive gauche, quartier de l’Université et des grandes abbayes de prêcheurs, accueille également évêques, archevêques et abbés de grandes abbayes, souvent également proches conseillers du roi. Les archevêques de Rouen et de Reims possèdent dès le XIIIe s. des hôtels parisiens, de même que l’archevêque de Lyon (aux XIVe et XVe s.) et les évêques d’Auxerre, de Clermont, de Chartres (puis de Besançon), de Langres, du Mans et de Nevers. Proche de la Seine, un hôtel abrite successivement les évêques de Noyon, d’Autun et de Laon.

Rive droite, outre l’hôtel des évêques d’Evreux et de l’archevêque de Sens (intégré dans l’hôtel Saint-Pol, il est rebâti fin XVe à son emplacement actuel), il faut noter la forte présence de maisons cisterciennes près de Saint-Gervais : Chaalis, Ourscamp, Maubuisson, Longpont, Preuilly. Ces maisons servaient à la vente des produits de l’abbaye et à l’accueil de moines et d’étudiants, elles permettaient aussi aux abbés de rester proches des lieux de pouvoir.

On sait peu de choses de l’architecture de ces hôtels, faute de sources autres que littéraires et descriptives, avant la fin du XVe s (hôtels de Sens, de Cluny, Hérouet). Sorte de châteaux urbains, ils possédaient tours, tourelles, grande salle, chapelle, escaliers à vis…
Les hôtels Saint-Pol et des Tournelles, ainsi que les plus grands hôtels princiers, comportaient un ensemble de bâtiments, logis, communs, écuries…, reliés par des galeries, des cours et des jardins.
On ne trouve pas avant le XVI
e s. d’exemples préfigurant la disposition classique de l’hôtel entre cour et jardin.




 < l'hôtel de Sens, L. Boudan XVIIIe, BNF. estampe



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L’évolution de l’implantation des hôtels de 1450 à 1790


La carte de l’évolution de la localisation des hôtels met en évidence, d’une part, leur implantation, en règle générale, en limite d’urbanisation, là où se trouvent de grands terrains, et, d’autre part, le glissement vers l’ouest à partir de la fin du XVIIe siècle.



L'implantation des hôtels de 1450 à 1790 >







Liens

 


Sources

Carte IMAGEO CNRS, Paris à la fin du XIVe siècle, 1991

Dany Sandron, Philippe Lorentz et Jacques Lebar photographeAtlas de Paris au Moyen Âge. Parigramme, 2006.

La demeure médiévale à Paris, Somogy, Archives Nationales, 2012.

Gady (Alexandre), Les hôtels particuliers de Paris du Moyen Age à la Belle Epoque, Parigramme, 2011.