Le bourg Saint-Germain-des-Prés


L’abbaye de Saint-Germain-des-Prés.

En 558 Childebert, fils de Clovis, fonde l’abbaye Sainte-Croix-et-Saint-Vincent sur un monticule insubmersible le long de la route de Dreux, au milieu des prés. Elle est consacrée par l’évêque de Paris Saint-Germain qui y sera enterré et dont elle prendra le nom au VIIIe s. L’abbaye, à sa fondation nécropole des Mérovingiens, connaît un apogée au début du IXe s. époque où elle abrite plus de 120 moines avec une activité de copie de manuscrits très importante, avant d’être pillée par les normands en 885. L’église est reconstruite aux XIe et XIIe s. et les bâtiments du monastère, pour l’essentiel, au XIIIe par Pierre de Montreuil, à l’abri d’une nouvelle enceinte entourée d’un fossé.

Très richement dotée dès sa fondation, l’abbaye, autonome par rapport à l’évêque et au roi, possède ou contrôle plusieurs milliers d’hectares sur la rive gauche – jusqu’au village d’Issy - mais aussi dans toute l’Ile-de-France, elle détient par ailleurs le droit de pêche, très lucratif semble-t-il, dans la Seine en aval de Paris.

Le bourg Saint-Germain-des-Prés

Dès le XIe s. et sans doute avant, un bourg se constitue au sud de l’abbaye ; sa limite (le clos de Laas) se situe à l’est rue Hautefeuille. A la fin du XIIe s., le clos de Laas s’urbanise entre les deux rues qui relient l’abbaye à la ville (Saint-André-des-Arts et de l’Ecole-de-Médecine). En 1210, l’enceinte de Philippe-Auguste coupe en deux le domaine de l’abbaye. La partie est, les paroisses Saint-André-des-Arts et Saint-Côme est intégrée dans la ville, le bourg se limite alors à la paroisse Saint-Sulpice créée vers 1180, la chapelle Saint-Pierre (ou Saint-Père) étant jugée trop petite ou trop excentrée.


           Le bourg en 1000 ^
  
              Le bourg en 1300 ^  

A la fin du XIIIe siècle, le bourg Saint-Germain compte un millier d’habitants. Jamais entouré d’une enceinte,  il est à plusieurs reprises pillé et/ou incendié lors de la guerre de cent ans. En 1368 Charles V fait reconstruire l’enceinte de l’abbaye et mettre les fossés en eau, alimentés par un canal depuis la Seine.

Au XIVe, les paroisses Saint-André-des-Arts et Saint-Côme, à proximité du Palais et à l’intérieur de l’enceinte de Philippe Auguste, se couvrent d’hôtels aristocratiques. Cf les hôtels au Moyen Age.

La foire Saint-Germain. Une première foire se tenait aux XIIe et XIIIe s. à proximité de l’abbaye. Elle fut transférée aux Halles par Philippe-le-Bel avant d’être réinstallée en 1482 sur les jardins de l’ancien hôtel de Navarre. En 1511 une halle à double comble abritait 340 loges de marchands. A la fois foire temporaire et marché permanent, elle devint, aux XVIIe et XVIIIe s., un lieu d’attraction et de divertissements très populaire qui accueillait plusieurs petits théâtres. Dévastée par un incendie en 1762, les bâtiments furent reconstruits mais la foire ne retrouva pas son animation d'antan.

 

           Le bourg en 1450 ^
            Le bourg en 1610 ^

Le bourg aux XVIe et XVIIe siècles

La croissance du bourg reprend au XVIe et surtout au XVIIe siècle. En 1529 l’abbé de Saint-Germain transforme en terrains à bâtir des terres jusqu’alors cultivées, au sud vers la rue de Vaugirard, autour du carrefour de la Croix-Rouge et du chemin des Saints-Pères. Henri IV fait percer la rue Dauphine, liaison avec le Pont-Neuf.

La reine Marguerite de Valois, première épouse d’Henri IV, acquiert en bordure de Seine un vaste domaine, de la porte de Nesle jusqu’à notre chambre des députés, sur lequel elle fait construire son hôtel en 1606 ; il est prolongé par un vaste jardin qui occupe le Pré-aux-Clercs.
A sa mort, en 1615, l’hôtel, un véritable palais, est démoli et le domaine est vendu par le jeune Louis XIII. Cinq financiers dirigés par Louis Le Barbier, également actif au quartier Richelieu, acquièrent le terrain et le lotissent à partir de 1622. Deux rues longitudinales sont tracées (rues de Bourbon – de Lille- et de Verneuil) et six transversales, nos rues Bonaparte, des Saints-Pères, de Beaune, du Bac, de Poitiers et de Bellechasse.
Elles reprennent les allées du parc de la reine Margot. Le quai se couvre d’hôtels, alors que les rues desservant des terrains plus petits voient se bâtir des hôtels et des maisons plus modestes.
Plan de Quesnel 1609 >

Plus au sud Marie de Médicis fait construire, à partir de 1615, le palais du Luxembourg avec son parc pris en partie sur le domaine des Chartreux. A proximité s’installent ses familiers, les Condés, sur l’emplacement de l’hôtel de Gondi, Concini, rue de Tournon.

De nombreuses communautés religieuses et hospitalières s’établissent à proximité de l’abbaye tout au long du siècle : Frères de la Charité (hôpital de la Charité, 1602), Petits Augustins (appelés par la reine Margot,1608), noviciat de Jésuites (1610), Carmes (rue de Vaugirard, 1610), Récolettes (rue du Bac, 1627), noviciat général des Dominicains (1632), Augustines de N. D. de la Miséricorde (rue du Vieux-Colombier, 1633), Bénédictines de l’Adoration Perpétuelle du Saint Sacrement (1643).Théatins (1648), Prémontrés (1662)… Certaines font construire sur leurs terrains des maisons de rapport. Cf. Les fondations religieuses au XVIIe s.

 
Vue du bourg St Germain depuis le Mont-Parnasse, les Carmes, les clochers de Saint-Germain-des- Près et la galerie du Louvre. Israël Silvestre.                     >




L'abbaye de Saint-Germain-des-Près en 1723
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                 Le bourg en 1700 ^
 
             Le bourg en 1790 ^

En 1643, le curé de Saint-Sulpice, Jean-Jacques Olier, formé par Vincent de Paul et soucieux de l’éducation des prêtres, fonde la Compagnie de Saint-Sulpice dont le séminaire sera construit par Lemercier en face de l’église. Il est également à l’origine de la reconstruction de celle-ci dont il a voulu faire la plus belle de Paris, mais qui, engagée en 1646, connaitra bien des vicissitudes et ne sera achevée qu’à la fin du siècle suivant.

L’aménagement des quais, la construction du collège des Quatre-Nations (1663-1684), du pont Royal (1685-1689), puis celle de l’Hôtel des Invalides donnent sa physionomie urbaine définitive à ce qui est devenu, au XVIe s, le faubourg Saint-Germain et va devenir le noble faubourg alors même que la démolition de l’enceinte de Philippe Auguste à la fin du siècle l’a définitivement intégré dans la ville. Voir Le faubourg Saint-Germain

Le XVIIIevoit la densification de la partie ouest du faubourg. Les environs de l’abbaye connaissent peu de changement : le lotissement de l’hôtel de Condé avec la construction du théâtre de L’Odéon et celle de l’hôtel des Monnaies sur le quai.

Suite à la Révolution, de nombreux couvents et fondations religieuses disparaissent : Prémontrés, Bénédictines de l’Adoration Perpétuelle et du Cherche-Midi, Orphelines, N. D. de Miséricorde, Théatins. Le terrain du Noviciat des Jésuites et des Filles du Précieux Sang est loti (ouverture de la rue Madame, 1824). Le couvent des Petits Augustins abrite le musée des Monuments français de 1791 à 1816 avant l’école des Beaux-Arts (à partir de 1820). Sous l’Empire, un marché est créé sur l’emprise des Grands Augustins et le marché Saint Germain est construit à l’emplacement de la Foire. 

 
              Le bourg en 1850 ^
 
              Le bourg en 1900 ^

Au cœur du quartier, l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, est supprimée en 1790. L’église qui sert un moment de raffinerie de salpêtre, devient paroissiale en 1803. Les bâtiments conventuels, vendus en 1792, servent de dépôt de poudre. En 1794, une explosion suivie d’un incendie ravagent les bâtiments de Pierre de Montreuil. La rue de l’Abbaye passe sur leur emplacement et la rue Bonaparte sur celui des hôtes de l’abbaye et sur son jardin.

Sur le plan de l’urbanisme, la place Saint-Sulpice est créée à partir de 1808 sur l’emprise du séminaire Saint-Sulpice reconstruit au sud de cette place en 1820. Par ailleurs, outre la rue Bonaparte ouverte entre la rue Jacob et cette dernière place, la rue de Seine est prolongée jusqu’à la rue de Tournon à partir de 1803 et la rue des Beaux-Arts résulte du lotissement de l’hôtel de la Rochefoucauld.

Haussmann ouvre le boulevard Saint-Germain à partir de 1866 et la rue de Rennes (également en 1866). Cette dernière rue devait se prolonger jusqu’à la Seine. De 1864 à 1911 différents tracés sont étudiés : elle aurait pu aboutir au droit de la passerelle des Arts - à travers l’Institut, vers le pont Neuf ou la pointe de la Cité avec un nouveau pont ; aucun ne sera mis en œuvre (1). La rue Danton est ouverte entre 1888 et 1895.


(1)   La rue de Rennes commence ainsi aux numéros 41 et 50.


Liens

Plan de Quesnel  1606

Plan de Mérian 1615.

Plan de Gomboust 1652       


Sources

Dominique Leborgne, Saint-Germain-des-Prés et son faubourg, Parigramme, 2005