Le faubourg Saint Germain


Le faubourg Saint-Germain s’urbanise au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, en continuité du bourg Saint-Germain, selon deux modalités bien différentes.


Naissance du quartier

Au nord, le lotissement de l’éphémère domaine de la reine Margot (Marguerite de Valois) à partir de 1622 offre des terrains à bâtir bien situés en bordure du fleuve face au Louvre et aux Tuileries (cf. le bourg Saint-Germain la reine Marguerite de Valois). Le quai est bordé d’hôtels entre 1628 et 1660. Le plan de Gomboust montre qu’au milieu du XVIIe siècle l’espace compris entre le quai et la rue de l’Université est bâti jusqu’à la rue du Bac. Un premier pont, en bois, interdit aux voitures - le pont Barbier ou Pont-Rouge -, dans le prolongement de la rue de Beaune, relie depuis 1632 le quartier à la rive droite. 

 Le faubourg en 1600 ^

 

    Le faubourg en 1650 sur le plan de Gomboust ^

Au sud, ce sont les chemins ruraux qui convergent vers le carrefour de la Croix-Rouge (rues de Grenelle, de Varenne, de Babylone, de Sèvres) ainsi que la rue Saint-Dominique qui servent de support à l’urbanisation. Ce réseau s’avère bien adapté à l’implantation de grandes propriétés avec jardins.  Les premiers occupants sont, dans la première moitié du XVIIe, des couvents : Récollettes (1627), Dominicains (1632), Dames de Bellechasse (1636), Filles de Saint-Joseph (1639), Théatins (1648), Carmélites (1656), Missions Etrangères (1663), abbaye de Penthemont (1672)… Les Dominicains (1) et les Dames de Bellechasse, qui ont acquis de très vastes terrains, font construire en bordure des voies des maisons et des hôtels qui augmentent leurs revenus (douze hôtels rue St. Dominique et cinq rue du Bac pour les Dominicains) tout en conservant de grands jardins.

 

  Le faubourg en 1700 ^

     Le faubourg en 1750 ^ 


L'apogée du faubourg au XVIIIe s.

La construction, en 1685-1689, du Pont-Royal (illustration la construction du Pont-Royal. BNF) qui évitait aux carrosses un long détour par le Pont-Neuf et l’installation du roi et de la cour à Versailles favorisèrent la construction d’hôtels rues de l’Université, Saint-Dominique et de Grenelle. Cette tendance se renforce au début du XVIIIe, notamment durant la Régence (2). C’est alors que le faubourg, limité à l’ouest par la construction de l’Hôtel des Invalides (1671-1706), devient le quartier à la mode, le « noble faubourg », alors que le quartier du Marais amorce son déclin. La même tendance se retrouve sur la rive droite (place Vendôme, faubourg Saint-Honoré).

Selon J. Hillairet (3) sur environ deux cents hôtels construits dans le quartier (il n’en reste qu’une cinquantaine), la moitié le furent entre 1690 et 1725, un quart entre 1725 et 1750. Les plus importants, notamment par leurs jardins, et les mieux conservés sont l’hôtel de Matignon (1722), l’hôtel du Maine (1732) et les hôtels de Lassay et de Bourbon (1722 – 1727). Ces deux derniers hôtels sont rachetés et agrandis par le prince de Condé en 1764-1768 (4); la rue de Bellechasse est alors modifiée et une place est créée pour mettre en valeur l’entrée du Palais-Bourbon (illustration le Palais Bourbon c.1730).

 

 

 Plan Turgot 1739 ^

< Le faubourg en 1790

Comme dans l’urbanisation de l’île Saint-Louis et, fin XVIIIe, de la chaussée d’Antin, des architectes se font hommes d’affaires voire spéculateurs et acquièrent par adjudication des terrains sur lesquels ils construisent avant de revendre. 
Robert de Cotte contrôle ainsi le quai entre la rue du Bac et la rue de Bellechasse, rue de Lille G. Boffrand construit deux hôtels (revendus au marquis de Torcy et au comte de Seignelay) et rue Saint-Dominique l’hôtel de Gournay. En 1780 A. Th. Brongniart  perce la rue Monsieur pour lotir un vaste terrain qu’il vient d’acheter au comte de Provence, les parcelles sont revendues avec obligation de recourir à lui pour bâtir.
 

 La construction de l'hôtel de Salm. Musée Carnavalet ^

La rue Monsieur est, avec la rue de Bellechasse (ouverte par tronçons entre 1650 et 1701) la seule voie nouvelle du quartier en dehors du lotissement de la reine Margot. 


Le XIXe s.

Sous la révolution couvents et nombre d’hôtel deviennent biens nationaux. Le Palais-Bourbon est affecté en 1795 au Conseil des Cinq-Cents. Les hôtels, après avoir parfois été occupés par des dignitaires de l’Empire, sont généralement affectés à des ministère : l’hôtel de Brienne (attribué à Letizia Bonaparte « Madame Mère » puis Ministère de la Guerre), l’hôtel de Roquelaure (résidence de Cambacérès puis Ministère des Travaux Publics), l’hôtel de Villeroy (Ministère de l’Agriculture)… ou à des ambassades. 

Les couvents des Dames de Bellechasse et des Carmélites sont lotis en 1828 (ouverture des rues Las-Cases, de Martignac, Casimir Périer et prolongement de la rue de Bellechasse), la rue Saint-Simon est ouverte sur celui de la  Visitation Sainte-Marie. La rue Vaneau (1826) et la rue Barbet de Jouy (1838) sont percées à l’emplacement des hôtels de Chanaleilles (ou de Barbançon) et de Clermont.  
Les quais voient la construction du Palais d'Orsay (illustration) affecté aux  Affaires Etrangères puis au Conseil d’Etat (1810-1838 - incendié en 1871)) ainsi que du Ministère de Affaires Etrangères (1845-1854).


 ^ Le faubourg en 1850
 Le faubourg en 1900 ^  


L'intervention du baron Haussmann dans le faubourg est - relativement - limitée. Le boulevard Saint-Germain est conçu comme la grande liaison est-ouest de la rive gauche, pendant des boulevards de la rive droite ; son tracé suit en partie la rue Saint-Dominique. Sa réalisation, commencée en 1866 s’achèvera sous la IIIe République. La rue de Solférino (1866) constitue le débouché du pont du même nom sur la Seine. Le boulevard Raspail a également été décidé en 1866 mais son percement, par tronçons, s’étalera sur plus de 40 ans.

La seconde moitié du siècle voit le lotissement de quelques hôtels sur l’emplacement desquels sont percées les rues de Villersexel (1882), de La Planche (1882), la cité Vaneau (1888) et la cité de Varenne.

En 1900, pour l'exposition universelle, est inaugurée la gare d’Orsay, construite à l’emplacement du palais d’Orsay incendié par la Commune.



(1) L'église du noviciat des dominicains est l'actuelle église Saint-Thomas-d'Aquin

(2)   Le Régent est au Palais Royal et le jeune Louis XV aux Tuileries.

(3)   Connaissance du Vieux Paris, éd. Rivages 1993.

(4)   Financé en partie par la vente de l’hôtel de la rue M. le Prince qui est loti (quartier de l’Odéon)


Voir aussi

Le bourg Saint-Germain-des-Près


Liens

Plan de Gomboust 1652

Plan Turgot

Plan Jaillot 1774


Sources

Dominique Leborgne, Saint-Germain-des-Prés et son faubourg, Parigramme, 2005.

Alexandre Gady, Les hôtels particuliers de Paris, Parigramme, 2008.