Les folies au XVIIIe siècle


Folie, du latin folia (feuille) désignait depuis le Moyen-Age une résidence de campagne entourée d’un jardin arboré. – ce que les italiens de la Renaissance appellent villa - : folie Méricourt, folie Regnault. Sous Louis XIII, la folie Rambouillet, rue de Charenton, était célèbre (cf. Châteaux et folies de l’est parisien).

A partir de la Régence le terme désigne à la fois une demeure luxueuse et une « petite maison », où les gens fortunés, aristocrates ou non, recevaient leurs maîtresses et dans laquelle ils faisaient des « folies » (1). Vers la fin du siècle et, plus tard, de la Révolution à la Restauration, le terme désigne de vastes jardins présentant diverses attractions ouvertes au public, des Vauxhalls, terme et concept importé d’Angleterre.

Ces résidences de campagne s’installent logiquement sur les bords de Seine, à Bercy, en amont (cf. Châteaux et folies de l’est parisien) et, en aval, sur les coteaux de Chaillot et de Passy (château de Passy), à Auteuil (château de Boufflers) et dans le bois de Boulogne (Bagatelle) ou à Montmartre (folie Montigny, folie Sandrin, château des Brouillards), mais aussi en plus proche banlieue. Le faubourg Saint-Antoine est particulièrement riche en folies, au milieu des jardins maraîchers et des couvents : folie Titon (rue de Montreuil), folie Genlis (rue de Chemin Vert), hôtel de Clermont puis de Montalembert (rue de la Roquette)… 

Dans la seconde moitié du XVIIIe s., alors que se construisent la chaussée d’Antin et le faubourg Saint-Honoré, les folies sont particulièrement nombreuses au faubourg Montmartre et au Roule.


Les folies du faubourg Montmartre 

La Bouëxière

 
En 1747 Jean Gaillard de la Bouëxière, fermier général, achète à Alexandre Le Riche de la Pouplinière, autre fermier général, une propriété entre les rues de Clichy et Blanche. Il agrandit le domaine, fait tracer un jardin régulier par Chevotet et construire un pavillon – sorte de petit Trianon -  sur les plans de Le Carpentier.

< Aquarelle de Ch. Bénilan   La Bouëxière vers 1770 >
Le jardin, au dessin sophistiqué de parterres de broderies, de tapis verts, de bassins et de bosquets, d’allées d’arbres taillés avec de nombreuses statues est particulièrement remarquable. Les héritiers de Jean Gaillard de la Bouëxière vendent la propriété en 1775 et, en 1779, une partie du terrain est vendue, rue de Clichy, pour y construire des hôtels.

En 1806, la propriété est louée à un entrepreneur de spectacles qui y installe un parc d'attractions appelé troisième Tivoli car succédant à ceux de la Folie Boutin et la Folie Richelieu. Le pavillon La Bouëxière est démoli en 1840 et le terrain est loti (square Berlioz).

La folie Richelieu, construite en 1730 pour le maréchal duc de Richelieu, rue de Clichy, correspond mieux à la dénomination de « petite maison ».  Son terrain s’étendait jusqu’à la rue Blanche ; transformée en Tivoli en 1811 (le second), elle disparait en 1826.

Un peu plus haut dans la rue de Clichy, la folie Gramont, construite vers 1750, était la "petite maison" du duc de Gramont. Il en allait de même de l’hôtel de Watteville pour le duc éponyme (rue de la Rochefoucauld). Au titre des « petites maisons » on peut également mentionner la folie Brancas, ancien château Le Coq, rue Saint-Lazare, et les hôtels luxueux construits dans la Chaussée d’Antin pour, entre autres,  Mlle Dervieux et Mlle Guimard (cf. la Chaussée d’Antin).


  Les folies en 1790 ^

 ^ Tivoli, folie BoutinLa folie Boutin est édifiée en 1766 par Simon-Gabriel Boutin, fils d’un fermier général, rue Saint-Lazare et rue de Clichy. Elle dispose d’un vaste jardin, partie à la française vers l’entrée, partie à l’italienne et partie à l’anglaise avec allées sinueuses agrémentées de fabriques et de fausses ruines. Boutin le baptise Tivoli, en référence aux célèbres jardins de la ville italienne de Tivoli. En 1795, après l’exécution de Boutin, elle devient le Grand Tivoli, parc d’attraction pour le délassement des parisiens, très à la mode sous le Directoire. Fermée en 1810, elle disparaît en 1826 dans le lotissement du quartier de l’Europe.

La folie Boursault, rue Blanche, est la maison de plaisance du comédien Boursault, membre de la Convention et fermier des Jeux de Paris, son jardin était très réputé,

Les jardins Ruggieri, rue Saint-Lazare, est, de 1776 à 1819, un jardin public, avec bals, cafés, pantomimes et feux d’artifices.


La folie de Chartres. Un vaste terrain situé dans le village de Monceau est acquis en 1769 par le duc de Chartres, Louis-Philippe d’Orléans. Il est d’abord aménagé en jardin régulier, puis, avant d’être amputé en partie par la construction du mur des fermiers généraux, est transformé à partir de 1778 par Carmontelle, peintre, écrivain et paysagiste, en « pays d’illusions ». Temples grecs, pagode chinoise, tente tartare, kiosques, moulins, obélisque, pyramide, fausses ruines agrémentent un parc à l’anglaise ou serpente une rivière entre les bois et les vignes. Voir la Folie de Chartres.

Carmontelle  Le parc Monceau ^

En 1781, le paysagiste écossais Thomas Blaikie met un peu d’ordre dans l’ensemble. Bien national à la Révolution, le jardin est restitué à la famille d’Orléans puis racheté par l’Etat en 1852 et en partie loti, le dessin du parc Monceau est alors modifié par Alphand.

 

Les folies du faubourg Saint-Honoré

Le Colisée. Construit par l’architecte Le Camus sur un terrain situé entre le rond-point des Champs-Elysées et l'avenue Matignon par une compagnie dans laquelle Choiseul était intéressé à travers un prête-nom, Le Colisée veut être le Vauxhall le plus grand et le plus luxueux de Paris.  Un parvis à colonnade ouvert sur le rond-point donne accès à une rotonde centrale qui sert de salle de bal. Elle est entourée de deux galeries de circulation concentriques qui desservent boutiques, cafés et restaurant donnant sur les jardins. Au fond, dans l'axe du parvis et de la rotonde, un bassin sert de cadre aux feux d'artifice et aux naumachies. 

 < Plan Jaillot 1775




La fête chinoise au Colisée vers 1775 (Gabriel de Saint-Aubin)

Les travaux sont engagés en 1769, il est inauguré en mai 1771 pour le mariage du comte de Provence. Le succès est immédiat mais éphémère, la compagnie fait faillite et l’établissement est démoli en 1780. Le terrain est racheté et morcelé par le comte d’Artois.

Avenue des Champs-Elysées, la Folie Marbeuf succède à la folie Janssen qui existe depuis 1760. A partir de 1780 la marquise de Marbeuf y aménage un jardin paysager planté  d’espèces rares et d’arbres exotiques qui seront transplantés au Muséum après la mort sur l’échafaud de la marquise. En 1797, la Folie Marbeuf devient le Bal d'Idalie où l'on donne des fêtes d'été, avec bals, illuminations, feux d'artifice dirigés par les frères Ruggieri. Le domaine est loti après 1820.


^ Folie Beaujon, le pavillon
 ^ le moulin        Musée Carnavalet

Folie Beaujon, les Montagnes russes ^


La folie Beaujon. De 1781 à 1784, le financier Nicolas Beaujon achète un ensemble de terrains du faubourg Saint-Honoré au Champs-Elysées (12ha au total). Coté faubourg il fait construire un luxueux pavillon, la chartreuse, et une chapelle. Après la mort de Beaujon en 1786, le jardin du domaine, vers les Champs-Elysées devient un parc d’attraction, le Jardin Beaujon, dirigé par l’ainé des Ruggeri. Sous le Premier Empire et jusqu’en 1825, on y trouvait cafés et fabriques dont un moulin à vent qui alimentait des cascades. Des montagnes russes en étaient la principale attraction. Par la suite le domaine est loti entre 1825 et 1846.


Tous ces jardins donnent, avec les Champs-Elysées, les boulevards, les jardins des grands hôtels (Palais de l’Elysée, hôtels de Richelieu, d’Orléans…), ceux des couvents (Capucines, Bénédictines, Sainte-Perrine…), un caractère très « vert » à ces faubourgs et l’image – sans doute exagérée - d’une société hédoniste où la sociabilité et les loisirs, à l'image de l'aristocratie, sont importants.

Ce temps des folies, au sens de parcs d'attractions, ne dure qu’un peu plus d’un demi-siècle, de 1760 à 1820. Elles connaissent un apogée sous la Révolution et l'Empire, en contrepoint à la Terreur et aux guerres napoléoniennes. Dès le début de la Restauration, la mode et les mentalités changent, la sociabilité se recentre sur les boulevards, les passages couverts et, sous l’effet de la pression immobilière, tous les grands parcs sont lotis. Seuls le parc Monceau subsiste en 1850.



(1)   A une époque où les fous étaient internés à l’hôpital des Petites-Maisons, rue de Vaugirard.

Il est à noter que le terme de « folie » s’appliquait aussi aux fabriques des jardins anglo-chinois, très à la mode des années 1770 à la Révolution.




Liens


Sur la Bouëxière : Wikipedia rue Ballu
Sur la folie Beaujon  : Wikipedia folie Beaujon
Sur la folie de Chartres (parc Monceau) : parc Monceau
Sur le Colisée : Wikipedia Le Colisée


Sources

Jardiner à Paris au temps des Rois, Action artistique de la ville de Paris, 2003.