Le faubourg Saint Honoré, Le Roule, Chaillot


A l’ouest de la ville, le long des chemins menant à Rouen par Saint-Germain et à Dreux se trouvaient au Moyen Age trois villages établis sur les pentes dominant le marais ceinturant Paris.

La ville l’Evêque, simple hameau autour d’une exploitation agricole appartenant à l’évêque de Paris, devient au XIIIe siècle un village digne d’être érigé en paroisse avec une église dédiée à sainte Marie-Madeleine, reconstruite en 1492 et 1660. En 1613 des Bénédictines installent un couvent à côté de l’église ; au XVIIIe s., ce monastère possède de très vastes jardins qui s’étendent jusqu’au grand égout.

Passé le marais, le village du Roule comporte deux hameaux, le Bas-Roule et le Haut-Roule, à l’emplacement des Ternes. Le Bas-Roule possède une maladrerie près de laquelle une chapelle est construite en 1217, érigée en paroisse en 1699. L’église est reconstruite par Chalgrin en 1774-1754, au moment où le village se trouve de fait englobé dans l’agglomération avant de l’être officiellement avec la construction du mur des fermiers généraux.

 
                                                                                      1450 ^
 
                                                                                      1600 ^

L’origine de Chaillot semble très ancienne. A l’époque mérovingienne on trouve mention d’un village de Nimio qui devient par la suite Nigeon entre la Seine et la colline du Roule. Aux XIVe et XVe siècle le village dont l’église dédiée à saint Pierre date du XIe s., comporte plusieurs résidences aristocratiques avec jardins sur les pentes vers la Seine. En 1659 ce village-rue bien pourvu en vignes et en jardins devient un faubourg de Paris, le faubourg de la Conférence (1). Un couvent des Minimes (les Bons-Hommes de Chaillot) est fondé au début du XVIe à l’emplacement du manoir de Nigeon. En 1651 des religieuses de la Visitation Sainte-Marie s’installent sur l’emplacement d’une maison de campagne de Catherine de Médicis (voir Paris en 1700les Visitandines de Chaillot c. 1774) puis, en 1659, des Augustines, rue de Chaillot.

La mise valeur du Marais. A partir du XIIe siècle d’importants travaux de drainage sont entrepris afin d’assainir et de mettre en cultures la ceinture de marais. Un second fossé de drainage est aménagé au nord du grand égout (le fossé Saint-Opportune) qui rejoint ce dernier au Roule. Prairies et cultures maraîchères remplacent les céréales. Ces espaces de cultures intensives qui répondent aux besoins de la ville ne s’urbanisent que durant la seconde moitié du XVIIIe

 
                                                                                       1700 ^
 
                                                                                    1790 ^

Au XVIIe et au début du XVIIIe siècle l’espace compris entre la Seine, le Grand Egout et le faubourg Saint-Honoré est, petit à petit, aménagé en « entrée de ville », espace de prestige et de promenade dans le prolongement du jardin des Tuileries : 1616 aménagement du Cours-la-Reine, 1665 Le Nostre trace la grande allée (ou avenue) des Tuileries qui deviendra bientôt les Champs-Elysées, 1669 création de la pépinière du Roule qui s’agrandit jusqu’à la fin du siècle pour fournir les plantations du jardin des Tuileries, 1710 le duc d’Antin fait construire un pont sur le grand égout, 1717 « le Pont Tournant » sur le fossé met en relation le jardin et les Champs-Elysées. En 1770 le marquis de Marigny fait niveler la butte du Roule et prolonge l’avenue jusqu’au pont de Neuilly (construit par Perronet en 1768-1774).

La place Louis XV (place de la Concorde, aménagée de 1757 à 1774) termine l’ordonnancement de cet axe majeur de Paris.


  < Hôtel de Brunoy 













Plan Jaillot 1775 >
 


Tout au long du XVIIIe de nombreux hôtels s’élèvent le long du faubourg Saint-Honoré et en font l’équivalent du faubourg Saint-Germain, les plus importants étant les hôtels d’Evreux, d’Argensson, de Beauvau et de Brunoy.

A partir de 1770 et jusqu’à la Révolution le faubourg va accueillir sur de vastes emprises des « folies » ou vauxhalls, parcs d’attractions ouverts au public : folie de Chartes (parc Monceau), Colisée (ouvert de 1771 à 1780), folie Marbeuf, folie Beaujon (Cf. Les Folies au XVIIIe). Ce n’est qu’alors que les Champs-Elysées commencent à  connaître une animation importante.

De 1778 à 1781 les frères Perier construisent la « pompe à feu de Chaillot», usine élévatoire disposant de deux machines à vapeurs permettant d’amener l’eau de la Seine dans quatre grands réservoirs situés 36m plus haut. Des canalisations amenaient l’eau jusqu’aux boulevards par la rue du faubourg Saint-Honoré. 

Sous la Révolution, alors que l’institution Sainte-Perrine transformée en hospice en 1788 est maintenue, le couvent des Bénédictines, fermé en 1790, et ses jardins vont permettre un aménagement important. La rue Pasquier est ouverte dès 1792 et, de 1808 à 1824, la place de la Madeleine, la rue Tronchet et l’amorce du boulevard Malesherbes vont utiliser ses emprises. La construction de l’église de la Madeleine, commencée en 1764 par Contant d’Ivry et dont les travaux ont été abandonnés à la Révolution, est reprise sous l’Empire par Vignon comme Temple de la Gloire. Elle est finalement achevée en église en 1842.

L’Empire voit la construction des abattoirs du Roule (1810) et surtout de l’Arc de Triomphe de l’Etoile, décidé après la victoire d’Austerlitz. Les travaux dureront de 1806 à 1836.

A partir de 1820, sous la restauration et la monarchie de juillet, le faubourg se densifie. Les « folies », passées de mode, sont loties : la folie Marbeuf dès 1820, les jardins Beaujon de 1825 à 1846 (rues Balzac, de Chateaubriand, Lord Byron).

Deux grands lotissements occupent les dernières terres cultivées (Cf. les grands lotissements de 1820 à 1850) :

·    Au nord, le plus vaste, commencé en 1821 entre la rue du Rocher et la rue de Clichy, le quartier de l’Europe, qui occupe également l’emprise du Tivoli (ex folie Boutin) présente un plan régulier en étoile qui sera perturbé par le passage de la voie ferrée de Paris à Saint-Germain et la construction de l’embarcadère de l’ouest à partir de 1837.

·         Au sud, le quartier François 1er à partir de 1822.

 A l’ouest, entre Chaillot et les fermiers généraux, les rues Auguste Vacquerie (alors rue des bassins), Newton, Jean Giraudoux, et Képler sont ouvertes en 1836.

Ces opérations qui se font concurrences et sont un peu excentrées ne s’urbaniseront réellement que dans les années 1840 - 1850. 

La place de la Concorde (fontaines, candélabres…) et les jardins des Champs-Elysées (panorama, cirque, cafés…) sont réaménagés par Hittorf sous Louis-Philippe.
Les Champs-Elysées vers 1840 >

 

 
                                                                                 1850 ^  
 
                                                                               1900 ^

Les travaux d’Haussmann vont profondément modifier le secteur et tout particulièrement Chaillot. En 1854 la décision de faire de la place de l’Etoile un vaste carrefour de voies nouvelles avec une architecture ordonnancée (réalisée par Hittorf) et la réalisation des Avenues d’Iéna, Marceau, de l’Alma (Georges V), de la place d’Iéna (à partir 1854) ainsi que l’ouverture des rues Pierre-Charron (alors rue Morny -1864) et François 1er vont totalement faire disparaître l’ancien village dont il ne demeure aucune maison antérieure à 1850.

Au nord des Champs-Elysées, les travaux ont un impact urbain moindre - avenue de Friedland, boulevard Haussmann (alors boulevard Beaujon), avenue Franklin Roosevelt (d’Antin) -, sauf aux abords du parc Monceau.

Le prolongement du boulevard Malesherbes, décalé vers l’ouest, le lotissement des deux-tiers du parc Monceau par Péreire à partir de 1860 puis celui de l’abattoir du Roule (avenue de Messine, marché de l’Europe) ont fait de ce quartier, dès la fin du Second Empire, l’un des plus huppés de Paris.

Les jardins de Champs-Elysées sont réaménagés à l’anglaise par Alphand avec la construction du Palais de l’Industrie pour l’exposition universelle de 1855.

L'exposition universelle de 1900 avec le pont Alexande III, le Grand et le Petit Palais met un point d'orgue à l'aménagement du quartier.


(1) En référence à la conférence de 1593 entre  Henri IV et les Ligueurs au cours de laquelle Henri IV décida d’abjurer la foi calviniste.


Voir aussi


Liens

Plan Jaillot 1774


Sources