Les enceintes après 1790


L'enceinte des fermiers généraux

Depuis la fin du XVIe siècle la perception de l’impôt est confiée par le roi à une compagnie de financiers, la « Ferme générale ». A Paris la Ferme générale perçoit les droits d’octroi sur les marchandises qui entrent dans la ville, alors que la campagne reste soumise à la taille. L’extension de la ville au cours du XVIIIe s, la complexité de ses limites juridiques et le fait que celles-ci ne sont matérialisées que par des palissades et des barrières sur les faubourgs et les voies d’accès induisent une fraude considérable qui réduit (de l’ordre de la moitié semble-t-il) les revenus attendus par la Ferme et donc par le Trésor royal et par la ville.

 
En 1784, alors que le déficit s’accroît de façon inquiétante, le roi décide de tirer un meilleur parti de l’octroi en érigeant un mur continu, doublé d’une voie de circulation externe et d’un chemin de ronde interne. Le tracé est arrêté début 1785 et la ferme confie la construction des barrières à son architecte Claude-Nicolas Ledoux. L’enceinte est inaugurée le 19 juin 1790, mais devant les protestations des parisiens, l’Assemblée législative vote en mars 1791 la suppression des droits d’entrée aux barrières de Paris. Ils sont rétablis en 1798 sous le vocable « d’octroi municipal de bienfaisance », au seul bénéfice de la ville de Paris.
Longs de 25 km, les boulevards des Fermiers-Généraux constituent une large rocade marquée par les bâtiments, souvent monumentaux, construits aux barrières par Ledoux. 

< La place du trône sur le plan Verniquet




< La barrière d'Italie en 1819


Les barrières de C. N. Ledoux ^


< La barrière de Belleville en 1819

Une urbanisation spécifique va se développer à l’extérieur de l’enceinte qui attire de nombreux établissements de loisir, restaurants, guinguettes, cabarets, bals, les boulevards plantés servant à la promenade. Au nord-est, le bassin de la Villette (1808) devient ainsi avec la rotonde de Ledoux un espace très fréquenté des promeneurs, avant d’être investi par les entrepôts et les activités industrielles. La place de Clichy et, à Montparnasse, la rue de la Gaîté ont conservé ce caractère de lieu d’animation festif populaire.

En 1860, l’annexion de la « petite banlieue », entraîne le report de l’octroi aux portes de l’enceinte de Thiers ; le mur et la plupart des bâtiments de Ledoux sont démolis.


L'enceinte de Thiers

  < Les différentes enceintes de Paris



Depuis la démolition sous Louis XIV de l’enceinte bastionnée Paris est une ville ouverte et, jusqu’aux guerres de la Révolution et de l’Empire, le besoin de fortifier la ville ne se pose pas, les places fortes des frontières semblent suffire.
En 1792 et 1793, avant Valmy et Fleurus, une ligne de défense est entreprise à Saint-Denis, Montmartre et Belleville. En 1815, durant les Cent Jours, un système continu de redoutes est établi au nord et à l’est, prolongé au sud jusqu’à Montparnasse. Le temps manquant l’ouest reste à découvert, c’est par là que les alliés entrent dans la Ville après Waterloo.

Le débat s’engage réellement sur le système de défense de Paris à mettre en œuvre en 1830. Deux écoles s’opposent : les partisans d’une ligne fortifiée continue et ceux de forts détachés. En octobre 1832, le général Valazé propose un premier tracé d’enceinte continue et le général Bernard une suite de forts. En 1836, on projette de combiner les deux systèmes. Le projet final est arrêté en septembre 1840, Thiers étant président du Conseil ; les travaux sont menés rapidement, l’enceinte est achevée en 1844.



^ La porte des Lilas sur le cadastre de 1900







Le canal de l'Ourcq et la porte de Pantin. Atlas communal du département de la Seine, 1854. IGN >

Longue de 34 km, elle a une emprise de 120 à 150 m avec une route militaire intérieure (élargie ce sera le boulevard des maréchaux) et un fossé de 40 m à l’extérieur ; elle est complétée par une zone inconstructible de 250 m. Elle comporte 94 bastions. Une couronne extérieure de 16 forts complète la défense de Paris. 
profil de l'enceinte de Thiers >
 

Cette enceinte ne génère pas d’urbanisation. Les communes concernées se développent rapidement à l’intérieur de l’enceinte, dans la continuité avec Paris, ce qui les conduit à construire de nouveaux équipements, mairie, écoles, marchés… La commune de Montrouge, coupée en deux par l’enceinte et dont le village se trouve à l’extérieur, construit ainsi une nouvelle mairie flanquée de deux école au nord de l’avenue du Maine (la mairie du XIVe actuelle).

Après la guerre de 1870 et le siège de Paris, la zone non aedificandi, la « zone », se couvre de baraques et de constructions légères, véritable bidonville aux portes de Paris qui accueille à la veille de la guerre de 1914 plus de 30 000  habitants. L’enceinte est déclassée en 1919.


LIENS

Fortifications de Paris et de ses environs adoptées par les Chambres, 1841

Plan de Paris fortifié, Andriveau-Goujon 1846


SOURCES

Renaud Gagneux, Denis Prouvost, Sur les traces des enceintes de Paris. Parigramme, 2004.