L'Eglise au Moyen Age : prier, enseigner, secourir

Prier

Sous les Mérovingiens et les Carolingiens l’église de Paris, simple évêché dépendant de l’archevêque de Sens, jouit d’un rang modeste.  Elle ne prend de l’importance que grâce à la présence, intermittente, des souverains. L’un des premiers évêques canonisé, Marcel, reste obscur. 
C’est Clovis et ses successeurs qui, avec sainte Geneviève et l’évêque saint Germain, vont permettre un premier et important développement des lieus de culte : groupe épiscopal, deux monastères (St Christophe et St Martial), oratoire St Martin dans la Cité, de nombreuses églises sur la rive gauche dont les basiliques des Saints Apôtres (Ste Geneviève) et Sainte-Croix-Saint-Vincent (St Germain-des-Près). Sur la rive droite on trouve St Germain-le-Rond (l’Auxerrois), Saint Gervais, St Merri, St Paul-des-Champs et, plus au nord, St Martin des Champs et St Laurent.
L’abbaye de Saint-Denis, nécropole royale, attire les pèlerins sur la tombe du premier évêque de Paris.


Eglises et couvents, dates de fondation >

A la fin du IXe s. devant les raids des Normands la population se replie dans l’île où se créent de petites églises notamment pour les abbayes suburbaines, église-refuges pour les moines : Saint-Germain-le-Vieux, Ste Geneviève-des-Ardents, St Landry pour St Germain-l’Auxerrois.

Après l’an mil la croissance urbaine qui s’accélère après 1150 et reste forte jusqu’au début du XIVe, multiplie les églises paroissiales et les couvents. Le XIIIe voit ainsi s’installer les ordres mendiants sur la rive gauche au cœur de la ville, au plus près des fidèles. 

L'évêque de Paris et les plus anciennes abbayes, Saint-Germain-des-Près, Sainte-Geneviève, Saint-Denis, Saint-Martin-des-Champs, plus tard le Temple, possédent ou contrôlent par les droits féodaux de très vastes espaces à Paris et dans toute la région. C'est le fondement de leur richesse et de leur importance économique.  Jusqu'à la Révolution, l'Eglise est ainsi avec  le roi (après le XVIe s.), le plus important "seigneur" de la ville.

 
< Les seigneuries à Paris au Moyen Age



La silhouette de Paris fin XVe.  L'entrée de Louis II d'Anjou à Paris (détail). BNF ^.


Le diocèse, l’évêque, la cathédrale

Le diocèse de Paris couvre l'ancien territoire des Parisii, soit environ 2 500 km², de Luzarches à Corbeil et de Conflans-Sainte-Honorine à Lagny. Il compte 426 paroisses regroupées en trois archidiaconés (Parisis, Hurepoix et Brie) et deux archiprêtrés pour la ville de Paris. L’évêque a autorité sur les curés du diocèse, archidiacres et archiprêtres servant de relai. L’évêque et les chanoines de la cathédrale tirent des revenus très importants de propriétés foncières et de droits seigneuriaux, tant à Paris que dans la région. A Paris l'évêque dispose de droits seigneriaux sur la rive droite autour des Halles et sur les terres agricoles situées entre la Seine et le fossé qui marque l'ancien bras du fleuve autour du village de la Ville l'Evêque.

La cathédrale Notre-Dame, le palais épiscopal et le cloître, voir l’île de la Cité.

Les paroisses

La paroisse constitue l’unité de base de la vie religieuse. Vers 1300 et jusqu’à la fin du Moyen Age, elles sont au nombre de 32, 12 dans la Cité, 7 rive gauche et 13 rive droite. Leur taille est très inégale, de quelques maisons autour de l’église pour Ste Opportune à plusieurs milliers d’habitants pour Saint Germain-l’Auxerrois. Les premières paroisses sur la rive droite, Saint Germain-l’Auxerrois et Saint Gervais, au centre de bourgs en développement au Xe s. sont ensuite divisées en fonction de la croissance de la ville. De même, rive gauche, les paroisses St André-des-Arts et St Côme sont créées sur la paroisse Saint-Sulpice à l’intérieur du rempart de Philippe-Auguste. 



Eglise Saint Jacques de la Boucherie 1702 >

 
    L'île de la Cité ^     
                           Les paroisses de Paris fin XVe
< la ville, l'université                                                                                      
 

Ces églises, notamment celles qui accueillent le plus grand nombre de paroissiens sont reconstruites ou agrandies à la fin du Moyen Age, après la guerre de Cent Ans : Saint-Gervais, Saint Germain-l’Auxerrois, Saint Nicolas-des-Champs, Saint Eustache, Saint Merri, Saint Etienne-du-Mont, Saint Séverin.

A ces églises sont associés des cimetières, plus ou moins grands, parfois entourés de charniers. Le plus grand, au cœur de la rive droite près des Halles, celui des Saints-Innocents, possède ainsi un charnier fait d’arcades en pierres dont le mur sud est décoré d’une danse macabre.


Couvents et monastères

Symbole d’une vie consacrée à Dieu et protégés par les rois, les communautés monastiques occupent une superficie considérable dans la ville à la fin du Moyen Age. Les plus anciennes et les plus importantes, Saint-Geneviève, Saint-Germain-des-Près, Saint-Martin-des-Champs puis les Templiers possèdent ou disposent de droits seigneriaux sur de vastes domaines dont ils tirent bénéfices et qu'ils pourront lotir lorsque la ville rejoindra ces monastères primitivement construits hors les murs.

Fondée par Clovis et dédiée aux Saints-Apôtres, Sainte-Geneviève est la première abbaye parisienne. D’abord desservie par des bénédictins puis par des chanoines, l’église et les bâtiments sont reconstruits au XIIIe s., dépendances et jardins s’étendent jusqu’à l’enceinte de Philippe Auguste. L'abbaye contrôle également le bourg Saint-Marcel. Plan de Sainte Geneviève au XVIIe, cliquez ici, façade, cliquez ici.

Les bénédictins.  Outre Saint-Geneviève, les premiers grands monastères parisiens relèvent de l’ordre des bénédictins. C’est le cas de Saint Germain-des-Près, fondé par Childebert, fils de Clovis (cf. le Bourg Saint Germain), de l’abbaye de Saint-Denis et de Saint Martin-des Champs, prieuré mérovingien détruit par les normands, refondé sous l’égide de Cluny à la fin du XIe s. Doté d’un vaste enclos entouré d’une enceinte, l’église et les bâtiments abbatiaux sont reconstruits au XIIIe s.
Autres couvents de bénédictions : l’abbaye de Saint-Magloire, les Bernardins (ou Cisterciens)
  et le couvent des Célestins qui, généreusement doté par Charles V occupe à partir de 1352 une vaste emprise précédemment occupée par des Carmes.

Les couvents à la fin du XVe s. >

Les ordres canoniaux. Il s’agit de communautés constituées de chanoines assemblés en collèges, d’où le nom de collégiales donnée à leurs églises. Ils peuvent  être réguliers – suivant généralement la règle de Saint Augustin - ou séculiers. Outre le chapitre de Notre-Dame, il faut mentionner ceux de la Sainte Chapelle, de Saint Germain-l’Auxerrois, de Saint Merri, et d’autres plus modestes tels que Saint Opportune, Saint Honoré et Saint Thomas du Louvre, rive droite, Saint Benoit et Saint Etienne-des-Grès sur la rive gauche.

Deux grandes abbayes sont gérées par des Chapitres : Sainte Geneviève et Saint Victor. Saint Victor, créée au début du XIIe s. par Guillaume de Champeaux, en bordure de la Bièvre jouit d’une grande réputation comme centre intellectuel. L’église est reconstruite au début du XVIe, c’était l’une des plus belles de Paris. Façade de l'église, cliquez ici.

Les ordres mendiants.
Au début du XIII
siècle de nouvelles communautés se forment pour lutter contre l’hérésie Cathare et réformer l’Eglise, en prônant un retour à la pauvreté,  à la prédication et à la confession des fidèles. Dominicains (à Paris Jacobins du fait de leur implantation rue St Jacques) et Franciscains (ou Cordeliers) auxquels il faut ajouter les Carmes et les Augustins, s’implantent sur la rive gauche, proches de l’Université, dans des couvents qui mêlent locaux d’enseignement et d’hébergement et une grande église d’architecture sobre, apte à accueillir un grand nombre de fidèles. Leurs revenus doivent provenir de la mendicité et des dons. Ces quatre couvents participent fortement aux XIIIe et XIVe s. avec les Bernardins et Saint Victor au renom intellectuel de Paris (Cf. l'Université).


       Portail du XV° s. du couvent des Jacobins de la rue Saint-Jacques
Bibliothèque Historique de la ville de Paris / Cliché G. Leyris >
  
Les Chartreux.

Ces religieux s’installent à Paris, au sud de l’enceinte sur le site de Vauvert donné par le roi Saint Louis en 1257. Ils y occupent une vaste emprise et de nombreux bâtiments, les religieux-ermites habitent de petites maisons autour d’un grand cloître.



La chartreuse de Paris sur le plan Turgot 1739 >

Les ordres militaires. Créés pour défendre les établissements chrétiens en terre sainte conquis par la première croisade, les ordres militaires s’implantent au début du XIIe dans les grandes Villes. Les Templiers s’établissent vers 1139 dans ce qui va devenir l’enclos du Temple. Supprimé par Philippe le Bel en 1312, l'ordre du Temple est remplacé par l’ordre de Malte (ou de Saint Jean de Jérusalem) déjà implanté à Paris sur la rive gauche (commanderie de Saint Jean-de-Latran). Les chanoines réguliers de la Sainte-Trinité (Trinitaires) s’occupent du rachat des chrétiens prisonniers des musulmans. Ils sont installés près de l’hôtel de Cluny et appelés Mathurins, leur chapelle conservant des reliques de ce saint.

Communautés féminines. Le faible nombre de couvents de femmes à Paris ne rend pas compte de leur rôle dans les œuvres de charité et les soins aux malades. Le premier monastère de femmes est celui de Saint-Eloi, fondé par Dagobert dans l’île de la Cité. En 1107, cette communauté est dissoute et remplacée par un prieuré de bénédictins. A l’inverse, l’abbaye saint Pierre de Montmartre créée par des moines est occupée par des bénédictines à partir de 1133. L’abbaye de saint Antoine-des-Champs, fondée fin XIIe, est rattachée à l’ordre de Cîteaux. Les Clarisses ou Cordelières sont installées au sud de Paris, près du bourg Saint Marcel vers 1270. Au milieu du XIIIe, les Béguines s’installent dans le Marais le long de l’enceinte. Ces religieuses, non cloîtrées, seront près de 400 à la fin de ce siècle avant un déclin rapide qui conduit à leur remplacement par des clarisses en 1483. Enfin, le couvent des Filles-Dieu accueille, depuis 1225, les prostituées repenties d’abord en dehors de l’enceinte en bordure de la rue Saint Denis, puis au milieu du XIVe intramuros, près de la porte Saint Denis.

 

Enseigner

Au Moyen Age l’enseignement est l’affaire de l’Eglise, les lettrés sont très généralement des clercs et l’enseignement, à tous niveaux, est entre les mains du clergé.

L'enseignement élémentaire destiné aux jeunes enfants souvent destinés à la cléricature, est effectué dans les abbayes, souvent par les chanoines des collégiales et des cathédrales. A partir du XIIIe s., des maîtres d’école, rattachés aux paroisses sous le contrôle du Chapitre, se multiplient à Paris. Ce sont des clercs ou des laïcs titulaires d’un titre universitaire.

L'Université. Cf l'Université.


Secourir

Les Hôpitaux ou hospices. Il s’agit moins de soigner, on n’en a pas les moyens, que d’accueillir et de nourrir les pèlerins et les pauvres, les enfants et les femmes abandonnés, les orphelins et les vieillards. Répondant à un devoir de charité, beaucoup de bourgeois font des dons voire fondent un hôpital parfois dans leur maison avec quelques lits. Souvent ces hospices ont une existence éphémère quand la donation ne comporte pas des revenus pérennes suffisants. Dans tous les cas le personnel, masculin ou féminin, est religieux et soumis à l’évêque.

Le plus ancien et le plus important est l’Hôtel-Dieu, dans l’île de la Cité, qui dépend du chapitre de Notre-Dame. Voir l’Ile de la Cité.

La Commanderie de Saint-Jacques-du-Haut-Pas, fondée par Saint Louis, accueillait les pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle ; il en allait de même de l’hôpital Saint-Jacques-aux-Pèlerins (1319), rue Saint-Denis. Les filles-Dieu, également rue Saint-Denis, accueillent les prostituées repenties. L’hospice du Saint-Esprit, place de Grève, est fondé en 1362 pour une centaine d’orphelins. Rue Saint-Honoré, l’hôpital des Quinze-Vingt est créé par Saint-Louis pour 300 aveugles. 


Hôpitaux, hospices et léproseries à la fin du XVe siècle >

 
Les léproseries. La lèpre étant très contagieuse, elles sont construites en périphérie de la ville.

 

Liens 

Plan des paroisses de Paris en 1786, J. Junié, ingénieur géographe.

Sur l'abbaye de Saint Victor : sur Wikipedia Abbaye Saint-Victor de Paris


Sources

Dany Sandron, Philippe Lorentz et Jacques Lebar photographeAtlas de Paris au Moyen Âge. Parigramme, 2006.