Le Marais du XVIIIe au XXe siècle 

Le XVIIIe siècle

Au XVIIIe le Marais perd peu à peu son caractère aristocratique pour devenir plus mélangé ; financiers, parlementaires, avocats, notaires y côtoient artisans et commerçants. Quelques hôtels sont reconstruits ou mis au goût du jour (hôtel d’Albret rue des Francs-Bourgeois, hôtel d’Ecquevilly ou du grand Veneur rue de Turenne…). Les derniers hôtels importants sont construits par Ledoux rue Michel-Le-Comte (hôtel d’Hallwill, 1766) et par Lemoine Le Romain pour Beaumarchais sur le boulevard, face à la Bastille (1790). 

 
 ^ Bélanger, porte du jardin de Beaumarchais 
 Le coeur du Marais, plan Vasserot, début XIXe s. >
 

Le quartier se densifie avec la construction d’immeubles de rapport (rue François-Miron, le long des charniers de Saint-Gervais, 137 rue Vieille-du-Temple, 113 bd Beaumarchais…). En 1783, le lotissement du prieuré de Saint-Catherine du Val-des-Ecoliers permet d’élever un nouveau marché au centre d’un ensemble très dense d’immeubles collectifs.


La Révolution et l'Empire

Quelques épisodes marquants de la Révolution ont pour cadre le Marais : la prise de la Bastille bien sûr, le donjon du Temple, les massacres de septembre 1792 à la prison de La Force. Vendus comme biens nationaux des édifices religieux vont disparaître : démolition des églises Saint-Jean-en-Grève, Saint-Paul, des Célestins, des Minimes…, les bâtiments conventuels sont transformés en caserne (les Célestins, l’Ave-Maria), en prison (les Madelonnettes) ou lotis (Filles-du-Calvaire, enclos du Temple). Sous l’Empire, Napoléon crée de nouveaux marchés (des Blancs-Manteaux, du Temple).

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Le Marais  en 2010  cliquez sur la carte              >

La Restauration et la monarchie de Juillet

La reconstruction de l’Hôtel de Ville de 1837 à 1846 entraîne la démolition des rues avoisinantes. Deux voies datent de cette époque : la rue du pont Louis-Philippe et la rue Rambuteau ; la rue Malher est tracée sur l’emplacement de la prison de La Force. Les hôtels particuliers accueillent de plus en plus des activités industrielles, artisanales et commerciales, les cours et les jardins se couvrent de hangars et d’appentis.


Le second Empire

Le Marais, à l’écart des grands axes de circulation, n’est touché qu’à la marge par les projets haussmanniens : au sud la prolongation de la rue de Rivoli entre l’Hôtel de Ville et la rue de Sévigné, au nord la rue de Turbigo et, à la fin du siècle, la rue Réaumur. Le projet de voie entre la rue du Grenier Saint-Lazare et la rue Roger-Verlomme ne fut pas mis en œuvre. La rue des Archives est alignée et partiellement reconstruite.


Le XXe siècle

Pendant un siècle, de 1850 au milieu du XXe, la densification du quartier se poursuit entraînant des surélévations d'hôtels anciens, une sur-occupation des cours et des jardins et la destruction des décors intérieurs. Au début du XXe siècle des îlots insalubres sont délimités entre Saint-Gervais et l'hôtel Sens, la démolition et la reconstruction s'étaleront jusque dans les années 1950.

Le sud du quartier, autour de la rue des Rosiers et de la rue Ferdinand Duval, accueille une forte communauté juive. C'est une tradition qui date du moyen-âge (juiverie de Saint-Bon).  Des synagogues sont construites (rue de Nazareth, rue des Tournelles, rue Malher).

A partir des années1960, la prise de conscience de l'importance du patrimoine historique et culturel du quartier modifie l'approche de son aménagement qui s'oriente vers la conservation et la mise en valeur et non plus sur la démolition. Le secteur sauvegardé du Marais est créé en 1964 sur 126 hectares.


Sources

Danielle Chadych, Le Marais, évolution d'un paysage urbain, Parigramme, Paris, 2010

Jean-Pierre Babelon (direction), Le Marais, mythe et réalité, CHMHS et Picard, Paris, 1987