Le système haussmannien


Haussmann, préfet de l’Yonne puis de la Gironde, est recommandé par Persigny, ministre de l’Intérieur, à Napoléon III.

Le projet

En nommant Haussmann préfet, Napoléon III lui montre un plan tracé de sa main des percées à réaliser. Ce plan a disparu dans l’incendie de l’Hôtel de Ville mais on peut le reconstituer dans ses grandes lignes. Trois priorités se dégagent : la grande croisée nord-sud (rue de Rivoli, boulevards de Strasbourg, de Sébastopol, du Palais et Saint-Michel), la desserte des gares (boulevard Magenta pour la gare du Nord, rue de Rennes pour la gare Montparnasse, prolongement de la rue du Havre pour la gare Saint-Lazare) et la réalisation d’un boulevard circulaire à partir de la place de l’Etoile (boulevard Beaujon (1)) et de la place de la Nation (boulevard du Prince-Eugène (2). Le boulevard Saint-Germain est le pendant, rive gauche, de la rue de Rivoli. Rive gauche également, le prolongement du boulevard Montparnasse par les boulevards de Port-Royal et Saint-Marcel et la liaison à la place de la Nation par le boulevard Mazas (3) forme le boulevard circulaire sud. Ce schéma initial a été complété par la suite pour desservir le nouvel Opéra, les Halles (rue de Turbigo), les communes annexées en 1860 (avenue de la République, boulevard Barbès, rue des Pyrénées, avenue Daumesnil…) et aussi au gré des opportunités (percées liées au lotissement de la Plaine Monceau par les frères Pereire).

Motifs et conséquences

Un projet aussi ambitieux recouvre des motivations diverses. L’amélioration de la circulation, la desserte des gares, des halles puis des quartiers périphériques est le plus évident. L’hygiène et la salubrité sont une obsession de l’époque traumatisée par les épidémies de choléra. Il faut faire circuler l’air dans les rues de façon à en chasser les « miasmes » porteurs de maladie, amener l’eau potable dans chaque immeuble et évacuer les eaux usées. Parallèlement, la destruction de taudis insalubres dans les quartiers moyenâgeux surpeuplés semble s’imposer. Enfin, pouvoir assurer la sécurité et permettre aux forces de l’ordre d’intervenir rapidement s’avère également un motif fondamental. Le souvenir des révolutions de 1789, 1830, 1848 est très prégnant. Le programme comporte ainsi la construction de casernes aux endroits stratégiques dans les quartiers populaires du centre et de l’est (Ile de la Cité, Hôtel de Ville, place de la République - alors place du château d’eau-, caserne de Célestins).

Le premier effet de ces travaux, aujourd’hui oublié mais auquel les contemporains ont été très sensibles, c’est l’éventrement du vieux Paris. Les photos de l’époque montrent l’importance des chantiers au cœur de la ville dans l’île de la Cité et du Châtelet à l’Hôtel de Ville ou à la Chaussée d’Antin qui sont, pour un temps, totalement dévastés. Plus fondamentalement, ces travaux et les démolitions qu’ils entraînent ont pour conséquence une valorisation de quartiers centraux populaires et un déplacement des populations pauvres du centre vers la périphérie : les nouveaux logements construits en bordure des voies nouvelles, moins nombreux que ceux qui ont été démolis, ne sont pas à la portée des plus modestes. Les préoccupations sociales de Napoléon III sont très loin d’être à la hauteur des besoins.

Les nouveaux quartiers qui s’ouvrent à l’urbanisation se situent dans l’ouest de Paris ; il s’agit pour l’essentiel de la Plaine Monceau. De façon assez étonnante, le Second Empire n’a pas connu de grands lotissements analogues à ceux des années 1820 – 1840. Il semble que financiers et spéculateurs se soient focalisés sur les opérations haussmanniennes et aient totalement délaissé, sauf exception, le logement des classes moyennes, que visait le lotissement de Grenelle ou celui des Batignolles. C’est l’un des reproches que l’on peut faire à Haussmann : il s’intéresse peu à l’extension de Paris et à l’aménagement des nouveaux arrondissements. Il encourage le lotissement spéculatif des frères Pereire à la Plaine Monceau mais intervient très peu dans la couronne de Paris, des Epinettes à Javel en passant par Belleville, là où les terrains sont disponibles pour accueillir des opérations urbaines importantes. En dehors de la rue des Pyrénées, de quelques percées, du parc des Buttes Chaumont et des mairies d’arrondissement, il laisse faire le privé qui, dans ces quartiers n’intervient qu’au coup par coup pour de très petits lotissements, sans vision d’ensemble.

Les hommes

Le service du plan est dirigé par l’architecte Eugène Deschamps, nommé par Rambuteau. Ce service a en charge, outre l’élaboration d’un plan actualisant celui de Verniquet, le tracé des voies nouvelles, la délimitation des expropriations, et le contrôle des règles d’architecture. Le service de l’architecture supervise les architectes municipaux et ses architectes sont maîtres d’œuvre de nombre de ces bâtiments. Il est dirigé par Victor Baltard, l’architecte des Halles, assisté par Joseph-Louis Duc (architecte du Palais de Justice) et par Théodore Ballu, architecte des églises de la Trinité et Saint-Ambroise et de la reconstruction de l’Hôtel de Ville. 

 

Haussmann fait appel à Jean-Charles Alphand pour diriger le service des promenades et jardins. Il travaille avec le jardinier Jean-Pierre Barillet-Deschamps et l’architecte Gabriel Davioud. Ce dernier est l’auteur, outre de nombreux édifices dans les bois de Boulogne et de Vincennes, du Théâtre du Châtelet et du palais du Trocadéro pour l’exposition de 1878. Eugène Belgrand dirige le service des eaux. On lui doit l'aqueduc de la Vanne et celui de la Dhuis, ainsi que le réservoir de Montsouris et le réseau des égouts de Paris. 

Législation

Décret du 26 mars 1852 : l’administration décide seule du périmètre des expropriations ce qui permet d’acquérir la totalité des parcelles concernées par la percée et dégage ainsi de part et d’autre de la voie des terrains qui seront ensuite revendus avec une forte plus-value. Une fois le tracé de la voie arrêté, un décret déclare l’utilité publique de l’opération. Le plan des expropriations est ensuite soumis à enquête publique puis fait l’objet d’un décret du ministre de l’Intérieur qui autorise l’opération. La ville ou le concessionnaire acquiert les terrains à l’amiable ou par expropriation. Les immeubles démolis, la voie est réalisée avec les réseaux (eau, gaz, égouts) et les terrains bordant la voie sont découpés en lots et vendus aux constructeurs.

Modes de réalisation et financements

Les opérations sont réalisées en régie par la ville ou concédées à des opérateurs privés. Dans le premier cas la ville, avec éventuellement l’aide de l’Etat, doit emprunter pour financer les percées ; la moitié des opérations sont ainsi réalisées en régie. Dans le régime de la concession, le concessionnaire prend en charge la totalité des opérations y compris les expropriations, sous le contrôle de l’administration. Le concessionnaire verse un cautionnement garant de la bonne réalisation de l’opération et la ville, en règle générale, octroie une subvention au concessionnaire.

Dans tous les cas, les dépenses sont très importantes et ne sont que partiellement couvertes par la revente de terrains constructibles. A partir de 1865, le montant des emprunts et les intérêts que la ville doit rembourser, l’opacité de leur gestion ainsi que les montages financiers imaginés, à la limite de la légalité, sont fortement critiqués. Le pamphlet de Jules Ferry, Les comptes fantastiques d’Haussmann, paru en 1868, entraîne la révocation d’Haussmann en janvier 1870. Néanmoins, la totalité des emprunts seront remboursés à la fin du siècle, sans faillite ni scandale majeur.


Voir aussi 


Liens externes

Plan d'ensemble des travaux de Paris indiquant les voies exécutées de 1851 à 1868


Sources

Des Cars (Jean) et Pinon (Pierre), Paris – Haussmann, Picard, éditions du pavillon de l’Arsenal, 1991.

Pinon (Pierre), Atlas du Paris haussmannien, Parigramme, 2002.




(1) Aujourd’hui boulevard Haussmann.

(2) Boulevard Voltaire.

(3) Boulevard Diderot.