Passy


Le village de Passy, sans doute très ancien (1), s’est formé le long d’un chemin menant de Paris à Saint-Cloud et Versailles. Il est érigé en seigneurie au XVe siècle et, en 1672, le seigneur de Passy, Claude Chahu, trésorier général des finances, obtient de l’archevêque de Paris la création d’une paroisse indépendante de celle d’Auteuil. C’est un village de vignerons, de laboureurs, de carriers et de tuiliers qui compte un millier d’habitants au début du XVIIIe siècle et 1800 à la fin du siècle. Des carrières sont exploitées au nord du village (2). Quelques moulins tournent sur les hauteurs au milieu des vignes. Les eaux de Passy découvertes en 1719 connaissent une grande vogue jusqu’au Directoire. L’établissement thermal se situe entre la Seine et la rue Basse (rue Raynouard).


Passy et Chaillot vus de Grenelle. C.-L. Grevenbroeck, 1743 . Musée Carnavalet.

Les plans du XVIIIe s. montrent des résidences de campagne rue Basse sur le coteau dominant la Seine. La plus importante, l’hôtel de Lamballe, est occupée au XVIIIe s. par le duc de Lauzun puis par la princesse de Lamballe (aujourd’hui ambassade de Turquie). Sur le côté ouest de la rue Basse on trouve alors l’hôtel de Valentinois, où Benjamin Franklin réside durant plusieurs années et le château seigneurial de Passy (ou de Boulainvilliers) qui comporte 8 ha de parc au nord de la rue Basse et 5 ha de potager entre la cette rue et le quai. Il est acquis en 1722 par le financier Samuel Bernard puis cédé, en 1747, au fermier général Alexandre Le Riche de la Pouplinière.

Passy en 1790 >

La Grande rue (rue de Passy) possède quelques hôtels particuliers dont celui de l’amiral d’Estaing. En limite du bois de Boulogne, le château de La Muette est à l’origine un simple pavillon de chasse. Devenu propriété de la Couronne, c’est, au XVIIIe siècle, un domaine considérable comportant de nombreuses dépendances dont une faisanderie qui s’étend jusqu’à l’avenue de Neuilly. C’est des jardins du château que Pilâtre de Rozier et le marquis d’Arlandes effectuent le premier vol en montgolfière en 1783. Enfin, Le Ranelagh est une salle de bal ouverte en 1774, sur le modèle de celle de Lord Ranelagh à Londres. 


 

L’hôtel de Valentinois vu de la rue

 
Le château de la Muette vers 1738

Durant le premier Empire, Benjamin Delessert fonde en 1801 une filature de coton, puis, en 1812, la première raffinerie de sucre de betterave quai de Passy sur une partie de l’établissement thermal. Pour relier l’usine à son habitation il fait construire une passerelle métallique, première du genre. A partir de 1825, tout le secteur nord du village de Passy jusqu’à la place de l’Etoile, terrains de cultures, de vignes et de carrières, est loti par la « Société des terrains de la plaine de Passy » (voir Les grands lotissements de la Restauration)La croissance démographique de la commune reste modeste, en comparaison avec celle d’autres communes de la « petite banlieue » jusqu’en 1830 ; elle s’accélère ensuite surtout dans les années 1840 – 1860 :  3 034 habitants en 1821, 6 559 en 1841 et 17 594 en 1856. Une mairie est construite en 1836 sur la Grande Rue (rue de Passy). 

Les grands domaines sont peu à peu lotis. L’hôtel de Valentinois est partagé en 1794 en trois lots. Le lot principal, incluant l’hôtel proprement dit et deux hectares de jardins, devient la propriété de Charles Vernes, fondateur de la banque Vernes. Une partie des bâtiments de l’hôtel est vendue en 1836 aux Frères des Ecoles Chrétiennes qui y installent un collège jusqu’en 1905, date à laquelle ils sont expulsés de France ; ce collège est démoli en 1909. Sur l’emprise des jardins, les industriels Singer père et fils réalisent entre 1838 et 1840 un lotissement bordé par la rue Singer. La rue du Ranelagh est percée sur le terrain du château de Passy en 1824 ; puis, en 1838, le hameau de Boulainvilliers est tracé sur le parc du château. Le château de la Muette, devenu bien national est divisé en deux lots en 1792 et en partie démoli. Le facteur de pianos Erard achète ce qui reste du domaine en 1818. Avec le développement de l’éclairage au gaz, une usine est construite en bordure de Seine sur l’emprise du verger du château (3).

 
Passy en 1850
 
Passy en 1900


En 1860, la commune de Passy est supprimée et son territoire est réparti entre Paris et Boulogne. A ce moment son territoire comporte encore de nombreuses parcelles agricoles en limite d’Auteuil et, au nord, entre le village et le lotissement de la plaine de Passy.

L’intervention d’Haussmann reste limitée. L’avenue Mozart, rocade intérieure analogue à l’axe Tolbiac/Alésia/Convention sur la rive gauche relie les centres anciens de Passy et d’Auteuil qui conservent toute leur vocation commerciale. Elle est prolongée jusqu’à la place du Trocadéro entre 1912 et 1933. L’avenue Henri-Martin est ouverte en 1858 sous le nom d’avenue de l’Empereur.

L’hôtel d’Estaing est loti en1854 (rues Guichard, Cortambert et Desbordes-Valmore). Le parc de La Muette, amputé par la construction du chemin de fer d’Auteuil, est loti à partir de 1904 par son dernier propriétaire, la famille de Franqueville. Deux vastes parcelles sont cédées à Henri de Rothschild, qui y fait construire entre 1921 et 1922 un grand château dans le style du XVIIIe siècle (4).

La croissance démographique devient très forte entre 1891 et 1920. Tout ce secteur, proche du bois de Boulogne, se couvre alors d’un habitat de haut standing.



Voir aussi 


Liens externes


Sources




(1) Le nom viendrait du latin Paciacus, de pax, la paix, ou d’une personne Pacius ou Passus.

(2) La rue Nicolo s’appelait rue des carrières jusqu’en 1865.

(3) La maison de la Radio occupe maintenant cette emprise.

(4) Ce château est vendu en 1948 à l'Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE).