La Plaine Monceau


La plaine Monceau reste, en 1850, un vaste espace agricole non construit aux portes de Paris. Depuis les années 1820, les Batignolles s’urbanisent au nord et rejoignent le village de Monceau (la commune des Batignolles-Monceau est créée en 1830) ; au sud, le quartier des Ternes se développe autour de la barrière du Roule (place des Ternes). Commencé 30 ans après les premiers grands lotissements de la Restauration, comme le quartier de l’Europe et la plaine de Passy (cf les lotissements de la Restauration), l’aménagement de la plaine Monceau se réalise de façon planifiée assez rapidement ce qui en fait un quartier homogène, aujourd’hui bien conservé. 

 
^ La plaine Monceau en 1850 

Plan d’ensemble des boulevards de l’Etoile, de Malesherbes... 1860. BnF >


 

L’opération est menée par les frères Emile et Isaac Pereire qui ont fait fortune dans la réalisation des premières lignes de chemin de fer et qui réalisent à partir de 1852 la ligne d’Auteuil de la petite ceinture. A cette occasion, avec quelques autres spéculateurs, de Chazelles, d’Offémont, Deguingand, les frères Pereire achètent des terrains dans la plaine, anticipant leur construction.

En 1854, le préfet Haussmann décide d’urbaniser la plaine Monceau et arrête quatre grandes voies principales : le prolongement du boulevard Malesherbes jusqu’à la porte d’Asnières, l’avenue de Villiers de la barrière de Monceau à la porte Champerret, l’avenue de Wagram de la barrière du Roule au boulevard Malesherbes (porte d’Asnières) et enfin l’avenue Niel. Quatre places régulières sont prévues aux intersections : la place Malesherbes (du général Catroux) rectangulaire, la place du Brésil (quadrangulaire), la place de Wagram (pentagonale) et la place Pereire (circulaire).

 
^ Dates de réalisation des voies 
 
^ La plaine Monceau en 1900 

Tout naturellement, les frères Pereire s’insèrent dans l’opération décidée par Haussmann et cèdent gratuitement l’emprise foncière des voies à créer.

Parallèlement, ils servent d’intermédiaire entre la famille d’Orléans et la ville pour l’acquisition de la folie de Chartres. La superficie du parc (le nouveau parc Monceau) est réduite à 8,5 hectares ; les frères Pereire obtiennent l’autorisation de lotir 10 hectares (rue Murillo, rue Rembrandt et avenue Vélasquez…). Ce lotissement prestigieux accueille de vastes hôtels particuliers et des immeubles dont la qualité architecturale est garantie par un cahier des charges approuvé en 1861. Le plan de 1860 montre la partition de la folie de Chartres.

Les voies principales de la Plaine-Monceau sont réalisées rapidement à partir de 1858. Pour les voies secondaires et la vente des terrains, les frères Pereire montent des opérations de promotion, en leur nom propre ou par l’intermédiaire de la Compagnie Immobilière de Paris qu’ils possèdent et qui a à son actif des réalisations de prestige comme l’hôtel du Louvre bâti pour l’exposition universelle de 1855. Les rues de Prony, de Jouffroy, les rues Ampère et Brémontier sont ouvertes dans les années 1860. Les places Wagram, Pereire et du Brésil reçoivent une architecture ordonnancée.

Au sud de la Plaine, les autres spéculateurs, de Chazelles et d’Offémont, qui ont anticipé la mise en valeur du quartier lotissent les voies qui portent leur nom (la rue d’Offémont est devenue la rue Henri Rochefort). Dans les années 1870, Madame Deguingand associée à un homme d’affaires alsacien, Antoine Herzog, ouvre les rues de Phalsbourg, de Thann et de Logelbach, tracées en éventail à partir de la rotonde Monceau, ancienne barrière de Ledoux intégrée au parc Monceau. En 1878, Herzog fonde la Compagnie des Immeubles de la plaine Monceau qui va construire de nombreux immeubles dans les trois rues ci-dessus puis dans les rues Gounod et Meissonier. 

Quelques lotissements plus petits s’insèrent dans cet ensemble. Certaines rues accueillent des hôtels particuliers, parfois petits mais d’un éclectisme architectural remarquable : rue Fortuny et rue Jacques Bigen. Beaucoup d’artistes habitent la Plaine, notamment des peintres à la mode qui y font construire leurs ateliers.Constitué d’un ensemble d’opérations spéculatives, le quartier comporte peu d’équipements : contrairement aux grands lotissement antérieurs, on n’y construit ni église ni square, ni marché et le commerce d’alimentation reste périphérique : rue de Lévis dans le village de Monceau et rue Poncelet aux Ternes. La mairie du XVIIe arrondissement reprend le bâtiment, modeste, de la mairie de l’ancienne commune des Batignolles-Monceau 
^ L'âge du bâti APUR/ALPAGE


 

Hôtel Gaillard. 1, place du Général Catroux. 1882.

 
Hôtel boulevard Pereire
 

Hôtel. 9, rue Fortuny, 1891.


En 1892, dernier lotissement important, l’usine à gaz des Batignolles est lotie ; sont alors ouvertes les rues Marguerite et Théodule Ribot.

Construit rapidement, avec des immeubles de qualité pour une clientèle pour le moins aisée, le quartier offre un paysage urbain typique de l’architecture de la seconde moitié du XIXe siècle, homogène et très bien conservé ce que montre bien le plan de l’APUR (Atelier Parisien d’Urbanisme) ci-dessus.



Voir aussi 


Liens externes


Sources

Pinon (Pierre), Atlas du Paris haussmannien, Parigramme, 2002.